Différences entre les versions de « L’Élu – Chapitre X »

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Version du 5 août 2011 à 14:53

Ce texte historique est protégé contre les modifications.


Chapitre précédent

Chapitre X


Deux lettres, dans le courrier de Pierre :


Château de Meiras, par Montmélian (Savoie),


Cher Petit Toi,


Tout de suite, tandis que tu es à Rome, il me faut te parler de mes petites commissions. Te rappelles-tu, quand Père devait s’absenter un peu, appelé très loin par une famille, comme il me demandait avant de partir : « Gilberte, tu me donneras la liste de tes petites commissions ; je vais à Nice. »

Elles ne seront pas longues, mon petit frère, et tu me les pardonneras, Pierrolet qui n’aimes pas les bagages, en songeant à tous les pauvres gens à qui ton souvenir apportera un peu de joie.

Voilà donc : il s’agit des chapelets bénits que je t’ai demandés pour les personnes suivantes : Madame Vincermet et les petites filles de l’intendant ; Catherine Aragonès qui vient presque tous les jours passer l’après-midi auprès de moi, et sa grand’mère ; Justin et Victoire naturellement, toujours tourmentés au sujet de M. Pierre ; Henri Abric qui sert si gentiment l’abbé Passereau quand il vient dire la messe ici, le dimanche, et qui joue si bien au ballon, le petit monstre ! et qui aime tant les crèmes de Victoire et qui grimpe aux rochers comme un lézard ; ah ! le franc polisson, mon petit Pierre, et comme sa maman aura du « tintoin » à cause de lui dans quatre ans, quand il en aura dix-sept !

Je ne t’ennuie pas, au moins, en me mettant à bavarder encore si longtemps avec toi, ami, pour te rappeler les vingt et un gamins de l’école, les sœurs de Montmélian et les deux vieilles aveugles du Rocher-Fernet. Ah ! et puis le père Galuchard qui est très mal et qui veut mourir sans confession. Quand on doit renouveler ses emplâtres il faut que je descende jusque chez lui, car Monsieur veut bien trouver la « demoiselle du château » seule capable de faire un pansement qui dure. Et comme le manque de patience est son moindre défaut il ne faut pas qu’on renouvelle trop souvent l’opération. Plusieurs fois la semaine le pauvre homme est à toute extrémité et il se remet avec de l’eau panée préparée par lui ! Rends-toi, la Faculté ! Mais les crèmes de Victoire trouvent aussi grâce devant lui. Quand il jure, je le menace de ne plus en apporter, alors il ravale ses jurons ; mais je lui en apporterais quand même, tu comprends ! Cher vieux, il est si malheureux et je serais si contente qu’il changeât de condition Là-Haut !

Maintenant j’ai fini avec tous ces braves gens qui parlent toujours de monsieur Pierre en termes si affectueux.

Je relis ta lettre, frère chéri, et je cherche à me persuader que tu as enfin trouvé le paisible oubli qui te fera l’existence meilleure. Est-ce que je me trompe encore, dis ? Pourtant cette bonne lettre d’Alyssos contient, je t’assure, comme un rayon de soleil révélateur. On ne saurait employer des mots si neufs et si pleins de joie quand on porte dans sa poitrine oppressée un cœur toujours prêt à pleurer. Tu es plus content, pas ? Pierrolet chéri, puisque tu avais l’air de chanter à sœurette une chanson que depuis longtemps, depuis si longtemps, nous n’avions pas entendue. Parrain lui-même, tandis que je lui lisais les pages que ses yeux fatigués ne déchiffrent plus que difficilement, me disait : « Mais je n’ai jamais connu Pierre si joyeux ! » Et le pauvre oncle bien-aimé retrouvait un peu de bonheur dans ton propre bonheur. Merci pour lui et pour nous tous, cher petit Toi.

Ce n’est pas un voyage très, très long que le tien ; mais depuis que tu nous as quittés nous te suivons sur la carte, et chaque soir nous ne voulons pas nous reposer sans savoir où tu vas t’endormir. Depuis Athènes où je t’ai adressé la lettre à laquelle tu n’as répondu que d’Alyssos, nous marquons tes déplacements et je t’assure que nous serons joliment occupés à épingler Rome quand cette lettre t’y sera remise. En attendant tu as encore à voir un peu de la Sicile et Naples en remontant chez nous ; et c’est beaucoup, beaucoup, pour l’impatience où nous sommes de te revoir ; mais c’est insuffisant encore, mon bon Pierre, si à chacune de ces étapes tu dois reprendre un peu de force et laisser nombre de tes peines qui m’affligent tant. Reviens-nous content, Pierrot, et, si tu veux, ne reviens pas seul puisque le désir t’obsède de ramener de là-bas, où tu passes si lentement à mon gré, ce petit sauvage qui, libre de tout lien, n’appartiendrait qu’à toi, comme tu le dis, et serait un esclave dont le sort tiendrait entre tes mains. Heureux celui-là, mon aimé. Il sera chez nous le bienvenu du moment que tu l’auras choisi.

Oncle te recommande bien de retenir tout ce que tu pourras des fouilles récentes du Forum et du Palatin ; et comme il a beaucoup de mal à lire, il attend de toi les récits circonstanciés de tes promenades à Rome surtout, bien que Delphes et Olympie, Athènes et Syracuse lui soient aussi très chers par les souvenirs que ces noms évoquent d’un autrefois déjà lointain. Mais il place Rome au-dessus de tout parce que c’est là, dit-il, que son pauvre cœur a atteint le maximum de joies et s’est préparé aussi la plénitude des douleurs. Jamais notre bon oncle n’avait livré ainsi une partie de lui-même surtout à des gamins comme nous. Car tu te rappelles combien père et maman déploraient de n’avoir jamais pénétré la cause de cette tristesse si bonne et résignée, disaient-ils, que pas une fois elle ne permit que devant elle la gaîté se retînt de rire. C’est vrai, Parrain se plaît à voir tout le monde heureux à Meiras. Il garde pour lui seul cette nuance de mélancolie qui sollicite l’affection et le fait chérir de tous comme si chacun voulait d’un peu de son bonheur à soi former la part qu’il n’en a jamais reçu.

L’autre jour, entre ces trois vieillards, il y avait là M. Passereau et Justin, dans le parc, au soleil, j’entendais oncle raconter son jeune temps, invraisemblable pour nous. M. de Chateaubriand l’avait emmené à Rome avec lui, et Parrain connut, à l’Ambassade de France, le fils de M. Freysat de Lasserville, Gabriel, qui était aux Pages de Charles X. Le cardinal Capellari, un jour, voulut présenter lui-même l’adolescent au pape Léon XII, tellement le prélat avait été intéressé par la vivacité d’esprit, l’espièglerie et la grâce du petit page. Oncle avait dix-neuf ans. Il fut bien vite ami de Gabriel qui venait d’en avoir seize. Ingres, séduit par le charme de Gilbert de Meiras, voulut commencer son portrait dont il fit seulement l’étude au crayon que tu connais, mais Parrain pria sir Th. Lawrence d’exécuter celui de Gabriel. C’est la jolie figure d’ange que tu sais dans la galerie des Camaïeux. Malheureusement l’ambassade qui fut splendide dura peu. M. de Chateaubriand revint en France avec tous les siens. À peine de retour aux Tuileries le petit page mourut presque entre les bras de Parrain, ne voulant ou ne pouvant reconnaître, au milieu de son délire, que celui dont toute la vie devait garder le poids terrible de cette cruelle séparation.

Voilà, mon Pierre chéri, une histoire qui te fera plus précieux encore, à ton retour, le vieux donjon de Meiras et l’aïeul très aimé. Avec lui nous parlons de toi constamment, dans la journée en travaillant, le soir en recommençant pour la vingtième fois, sans lassitude, au petit orgue de la chapelle, les mélodies qu’il aime bien et qui endorment doucement sa vieillesse dans un berceau de jeunes souvenirs. À travers les vitraux on voit les humbles lumières de Meiras, en bas, dans la vallée, au milieu d’un fin brouillard. Je ne sais pourquoi elles me donnent une impression d’infini comme les étoiles ; et dans ces moments-là tu es plus près de moi, petit frère chéri, parce que le monde me semble si étroit alors dans les rêves sans limites où je trouve ta voix et tes yeux.

Je ne m’ennuie pas, Pierrot, mais dès que tu n’es plus là il me manque quelque chose. Fais en sorte, bien vite, que je n’aie plus rien à désirer parce que je te retrouverai très tranquille et très affectueux.

Je t’embrasse tout près de tes fines moustaches si nouvelles et si caressantes pour t’entendre me dire – Dieu ! qu’il y a longtemps que je ne t’ai entendu : « Veux-tu finir, petite folle ! » Et moi je ne finis pas, mon Pierre chéri ; je t’embrasse encore plus fort, de tout mon cœur.


Ta petite sœur


GILBERTE.





La seconde lettre :


102, avenue d’Iéna.


Mon cher ami,


Je m’imagine sans difficulté les joies de ton esprit et que les dieux ne t’ont pas en vain rendu si capable de sentir la Beauté pour que tu ne t’en grises pas éperdûment. Tes lettres d’Olympie, d’Athènes et d’Alyssos m’ont charmé pour ce qu’elles témoignent d’un enthousiasme dont l’expression, vrai, mon Pierre ! me réconforte. L’ivresse est belle qui vient des coupes élégantes où seulement tu veux tremper tes lèvres. Bois, très cher, et t’enivre des vignes subtiles poussées aux flancs des acropoles. Ici on ne sait plus que se saouler. Et ce n’est pas la faculté de sentir qui s’avive aux cratères d’argent, c’est la difficulté – pardonne ! – de digérer qui s’avère à de moins nobles vaisseaux. Tout cela est bien laid, et je ne saurais te dire en quelle tristesse je suis réduit.

Tu entends bien qu’il s’agit encore de femmes, et crois à l’urgence de t’instruire des nouvelles machinations dont elles sont toujours effet ou cause pour que, même dans cette Rome où tu vas aspirer la sérénité de toutes tes forces, il me faille t’ennuyer de leur turbulence et exhumer des peines sur quoi, dis, mon Pierre, des fleurs nouvelles ont dû sourire ?

Tu sais quelle promptitude je mis à détourner vers moi – je ne puis cependant dire « à mon profit » – les grâces vacantes d’Aline. Une seule idée me guidait, un peu naïve, mais je crois à l’obligation d’user des forces dont on dispose pour faire le bien – je supposais qu’attachée à moi momentanément cette fille n’irait pas désorganiser des existences qui me sont chères ou seulement m’intéressent ! L’âpreté du père Delhostel et sa fièvre de briller par un gendre « épateur » me laissaient peu l’illusion que tu pusses épouser Céline. Le Hel devait obtenir la main toute mignonne de notre petite amie. Mais le butor avait jeté les yeux sur Aline, et son impécuniosité relative seule s’était opposée à ce qu’il fît la conquête de cette fille de cuisine. Marié, la dot de sa femme lui permettait bien de réaliser son désir, mais Aline était à moi. Ainsi je m’étais arrangé pour garder contre les ravages de cette gueuse la tranquillité de Céline. J’avais compté sans l’entêtement borné du Breton. Il n’a pas hésité un instant, avec l’argent de sa femme, à satisfaire son front et son ventre, sa vanité et sa bestialité. La dot de Céline s’engouffre dans l’évier des Danaïdes qu’est cette Miromesnil désormais installée et entretenue par Le Hel. À quel prix ? Le père Delhostel seul le saura et madame Yves Le Hel le sait déjà, hélas ! Si tu te rappelles la sorte d’aversion que m’inspirait cette fille, tu mesureras le peu de douleur que je ressens de la séparation. Quant à mon amour-propre j’ai à le mieux placer que sur les épaules de cette ribaude opulente. De tout ceci je n’ai qu’un chagrin, et très réel, c’est la situation intenable de Céline et la distance méprisante où la tient son mari. Il n’est que ces bourgeois enflés d’un vermisseau de particule pour arriver à une telle plénitude dans l’impudence et, d’hommes, se muer en goujats parce que des écus sonnent dans leurs poches. Il peut être anticlérical aussi, celui-là, et ajouter à son blason de rustre cette merlette d’imbécile prise au panonceau d’Homais. Car il est anticlérical comme un curé marron, comme un défroqué, cet ancien président de Congrégation qui voudrait poser les Jean-Jacques et les Diderot ! Il est inintelligent comme un huguenot constipé, et hargneux comme un Juif dyspeptique à qui les ducats d’or rappellent la rouelle jaune ! Jean-Jacques et Diderot ! Peste ! Diderot voulait, lui, souffleter Dieu ! Le Hel n’a pas le bras assez long.


L’incroyable est que cet oiseau, point rare, qui fiente dans son nid et dépose ses œufs dans les nids des voisins, n’ait pas encore reçu le coup de bec qu’il faut sur la calvitie précoce de son crâne. Mais je m’étonne sans raison. J’ai parlé de merlettes, elles remplacent maintenant les aigles. Où trouver des griffes et un bec ? Il n’y a plus que des ventres. Pour moi, mon Pierre, je n’attends que l’occasion, et le bretteur en lui est moins fort que l’ami blessé en moi. Je pense ne pas subir trop longtemps, au cercle, le contact de ce don Juan sans l’exécuter.

Pauvre Céline ! essuyer les ruades de cet étalon ! Cela donne bien en effet le sentiment que ce n’est pas une femme, mais des femelles qu’il lui faut. Il les trouve, et ses succès auprès des « dames » vite rangent celles-ci dans l’espèce de celles-là. Entre eux c’est une commune affaire de sexes, une transaction d’humeurs !

Je suis mauvais, petit Pierre si aimable ; mais tu ne peux savoir quelle lassitude vient surtout de vivre dans un monde où les choses les plus saintes ne tiennent que la place d’un ricanement dans une conversation obscène. Il suffit d’entendre, dans ces conversations « entre hommes », quel rôle joue la Femme, les femmes les plus charmantes – et, parmi ces attraits invincibles de la féminité exquise et adorable quand la simplicité ne laisse même pas deviner qu’il y a en elles la pudeur, tant cette grâce est innée et fait corps avec leur cœur, leur âme et leur beauté parmi ces attraits délicats, lesquels ils vont chercher pour se vautrer eux et les salir elles. Mais ce sont les « hommes à bonnes fortunes ». Le monde les salue bas ; le monde officiel, orthodoxe, qui admet et classe leurs succès et permet, encourage les maternités clandestines, la défloraison des vierges, la dislocation du ménage le plus paisible et refuse toutefois aux bâtards le droit de vivre.

Et le monde se gausse des manœuvres les plus immondes dès que les exercices ont lieu sur ce nouveau « champ d’épandage » qui s’appelle la Femme, envers qui tout est permis, sans doute parce que tout, avec elle, est dangereux pour les générations à venir et que tout, même dans les joies présentes, apprête des tortures nouvelles à l’« éternelle blessée ». Le monde patauge là-dedans, le monde au front pustuleux qui se nimbe de cette auréole dont les lettres brûlantes sur lui s’incrustent comme autrefois les marques à feu des galériens malchanceux : LA TRAITE DES BLANCHES !!!

Tu verras à ton retour une nouvelle éclosion d’ordures : les cartes postales, les feuilles illustrées dont les prochaines vont s’appeler le Spasme, le Bidet, et la Capote Bleue, empruntant leurs titres à la chambre meublée, au boudoir, aux « négociants » du Palais-Royal. Et c’est partout un étalage de salauderies cataloguées, du beuglant éhonté aux journaux prostitués. La gaudriole cynique rit de l’Amour qui se meurt aux tourniquets du lupanar et ne peut cacher ses troubles charmants et sa délicatesse exquise, attentive aussi aux choses de l’esprit, dans le mystère d’un temple. Il n’y a plus de temples, les Le Hel n’en veulent pas ! – mais il reste des arrière-boutiques. Il n’y a plus de mystères ; on retrousse la Pudeur et l’on rejette sa tunique par-dessus sa tête. La Femme n’est plus qu’une borne où l’amour priapique évacue son trop-plein ; et dans l’égalité de tous, Marc-Aurèle défunt n’a laissé que des palefreniers.

Et puis… et puis…

Veux-tu, Pierre, nous allons parler un peu de toi. Que la Vénus boulevardière le cède à Pallas-Athénée !

La misère actuelle de ces Palikares, en lesquels tu essayais de reconnaître la race affinée qui modelait les frises des Panathénées, est pourtant comme un symbole des destinées du Rêve et de la Beauté vaincus par les barbares. N’importe, tu as bien fait de gravir le roc sacré où gémit le Parthénon martyrisé, pour voir au couchant glorieux les caps effilés de Salamine se perdre, ruisselants d’améthystes, dans l’or en fusion et la pourpre liquide des vagues. Nul doute ! un dieu habitait là où des hommes ont atteint cette harmonie supérieure qui fait, à des yeux sensibles et pieux comme les tiens, mon Pierre, verser des larmes paisibles parce que tout cela s’enfuit vers quel néant ? parce que toi-même, nous tous, nous éloignons incessamment de ces splendeurs où pourtant nous venions de trouver un peu de tous les songes que nous voudrions réaliser. Et puis il faut revenir. Les dieux sont méconnus ; on ignore la Beauté ; et l’on ne comprendrait pas pourquoi nous restons là, devant Elle, en une extase sans fin.

Tu as bien fait, mon Pierre, d’écouter devant une claire fontaine qui chante, et de grêles cyprès, et la pâleur soyeuse des oliviers, – la voix rafraîchissante du petit Grec d’Alyssos ; mais tu as eu tort si, lui glissant dans la main une pièce d’argent, tes lèvres ne se sont pas en même temps posées sur ses lèvres offertes. Pallas te suivait en Élide, de qui tu venais de recevoir comme autrefois « l’initiation que la Déesse conférait à l’Athénien naissant par un sourire ». Tu avais droit à la décente étreinte de l’enfant dont la robuste et belle nudité contenait peut-être quelques gouttes du sang généreux de Glaucon, père de Charmide…

Mais sans doute as-tu moins retenu ton élan que ton aveu. Je le crois à la manière dont tu me contes l’histoire de ce fragment de marbre trouvé sur l’Acropole et qui, dis-tu, porte ces mots gravés et peints au vermillon : Lysithéos déclare chérir entre tous ceux de la ville, Mikion, à cause de sa bravoure. Trouve donc Mikion ; chéris-le pour sa bravoure ou pour sa beauté et nous le ramène et ne t’inquiète. Comme l’amour auquel tu prétends est susceptible de noblesse et de hauteur on le choisit d’un commun accord pour le charger d’anathèmes ; et les boucs croient purifier le leur en maudissant celui-là.

Que t’importe, et veux-tu plaire aux Le Hel ?

Aime qui t’aime et ne te soucie de rien autre. Nous sommes quelques-uns ici passionnés, tu sais comme ! pour tout ce qui est la grâce et la simplicité féminines – qui vous accueillerons avec déférence, jaloux de n’accorder pas moins à autrui que nous ne prétendons mériter pour nous-mêmes.

Adieu, Pierre, je t’embrasse et te loue de ton indépendance. Reviens-nous vite et nous apporte, en passant à Meiras, le charme, la lumière et le sourire qui nous manquent. Pour moi, je te dirai comment je veux fixer mes facultés affectives et que rien ne me tient plus au cœur que cela avec l’approbation que toi seul, mon Pierre, pourras en donner à ton ami,


BRICEY.


Veux-tu renouveler à Bérille toutes les bonnes amitiés contenues dans ma dernière lettre et lui serrer les mains pour moi. Mon souvenir t’accompagne à travers Rome, et je me plais à t’y savoir très heureux dans la solitude que tu aimes ou dans la communion que tu désires.

Adieu donc, petit Pierre. Nous t’attendons, ne sois pas trop longtemps à revenir.


M.


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