L’affaire CRIES (Homokrant, Delbouille)

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En décembre 1987 paraissait dans la revue homosexuelle Homokrant un long article sur l’affaire du C.R.I.E.S., consistant pour l’essentiel en une interview de Jacques Delbouille, un militant pour les droits des prisonniers.

Cet article fut ensuite traduit en français, dactylographié et distribué sous forme de photocopies. C’est ce document qui est reproduit ci-dessous.




Article paru dans HOMOKRANT. Décembre 1987.


Version exhaustive.

Le dossier des règlements de comptes…


L’AFFAIRE CRIES



Au début du mois de mars 1987, les récits les plus invraisemblables apparurent à la une des journaux. Le C.R.I.E.S., un groupe de travail sérieux et honorable sur la pédophilie, aurait été en fait la plaque tournante d’un réseau international de prostitution et de pornographie enfantine. Et tout un chacun d’accorder foi à ces rumeurs. Entre temps, il est apparu que la plupart de ces comptes rendus journalistiques étaient généralement mensongers et fantaisistes.

Nous avons eu un entretien très révélateur avec Jacques DELBOUILLE, qui milite à la fois dans une organisation de défense des droits constitutionnels des prisonniers ainsi qu’au sein d’une Loge, non maçonnique, de noyautage des rouages de l’État. Sans connaître les membres du C.R.I.E.S., J. Delbouille a suivi de très près cette affaire dès son début.

LE C.R.I.E.S. ET L’ESPOIR.


— H.K. : Quels étaient les buts du C.R.I.E.S. ?


— J.D. : Le Centre de Recherche et d’Information sur l’Enfance et la Sexualité (C.R.I.E.S.) a été fondé vers 1979. Son premier but était d’informer le public en général. Son second but était le soutien moral apporté aux pédophiles (libres ou prisonniers) afin de les aider à s’accepter eux-mêmes, à résoudre leurs problèmes avec leur entourage, à éviter la confrontation avec la justice, à prévenir le suicide chez les homosexuels en général et chez les pédophiles en particulier. Tout pédéraste en détresse était le bienvenu aux réunions du C.R.I.E.S. De toute évidence, il s’agissait d’une organisation constructive et généreuse. Le Pouvoir jugeait ce mouvement subversif, ce qui est une coutume politique en Belgique.


— H.K. : Peux-tu nous décrire le contenu du journal L’Espoir ?


— J.D. : La revue L’Espoir date de quelques années. À l’origine, il était un périodique destiné aux détenus (pas uniquement aux pédophiles). Il s’est ensuite transformé en un mensuel traitant principalement de pédophilie. L’Espoir publiait des articles d’information et dénonçait des situations intolérables, comme par exemple l’affaire du notaire X… (1.)[1] Ce mensuel était illustré de photographies très sages. Il ne contenait aucune image pornographique ni aucune annonce de contact, comme on l’a prétendu. Dès le début, cette revue fit d’ailleurs l’objet d’un dépôt légal, elle était en vente libre en librairie.

LA PRESSE


— H.K. : La presse et le parquet de Bruxelles ont tous deux trompé l’opinion publique. Ce qu’ils ont écrit et affirmé ne correspond pas à la réalité. Parlons tout d’abord de la magistrature, ensuite de la presse.


— J.D. : La révolution de 1789 avait aboli la vénalité des charges qui était une tare de l’Ancien Régime. En Belgique, on a instauré adroitement la vénalité politique des charges de judicature : en bref, nul ne peut devenir magistrat ou procureur s’il n’est pas membre militant d’un parti politique important. C’est ainsi que les vocations les plus sincères doivent passer sous les fourches caudines de la particratie, quoique certains robins ne dédaignent pas de lécher les bottes des puissants pour s’avancer dans le monde et s’affermir sur de tels fondements — si j’ose ainsi m’exprimer…

Toutes les nominations se font donc sur base d’un dosage politique du genre : « tu me donnes un procureur général catholique, je te cède deux avocats-généraux libéraux et un substitut socialiste… ». Selon le Ministre Jean GOL, qui se gargarise facilement de formules creuses, ce système garantirait, paraît-il, l’impartialité de la justice, sans nous dire ce qu’il advient des minorités politiques, religieuses et raciales…

En conséquence, les parquets sont rarement indépendants du pouvoir politique — les juges d’instruction ont eux-mêmes un fil tenace à la patte et on ne peut parler d’impartialité que pour les juges assis, dans la mesure où ils n’ont pas l’ambition d’obtenir un emploi trop élevé.

TOUTES les fuites de l’instruction vers les médias sont le fait des parquets, de certains juges d’instruction, de la police judiciaire sur ordre des précédents. C’est le cas dans l’affaire C.R.I.E.S. (2.).[1]

Le premier article sur cette affaire C.R.I.E.S. est paru le 10 mars 1987 dans le journal LE SOIR sous la plume de René HAQUIN. Cet homme tourmenté n’est pas un chroniqueur objectif mais un petit Goebbels de la manipulation de l’opinion. Auparavant, il avait déjà écrit de longs articles contre la pédophilie afin d’exorciser ses remords d’autrefois. Certains ne se remettent jamais d’une tentation homosexuelle juvénile, d’où la hargne d’écraser ceux qui y ont versé. À la décharge de ce journaliste, il faut dire qu’il devint hargneux, en une nuit, quand il s’est aperçu qu’il venait d’atteindre l’âge de la puberté. Le choc a été terrible.

Toujours est-il que dès le 10 mars 1987, toute la presse belge suivait René Haquin dans ses assertions.

La T.V. flamande (et francophone) a également contribué à créer l’ambiance : elle a publié un avis de recherche d’un jeune enfant qui aurait subi des sévices sexuels. Or cette photo, jetée sur les écrans, provient d’un dossier judiciaire des années 1965-70. Il s’agit d’un dossier hollandais ou danois. Cette photo odieuse a été diffusée intentionnellement au moment où les détenus avaient une chance d’être libérés. Il s’agissait d’exciter la colère de l’opinion publique qui n’aurait pas compris qu’on relâche de tels monstres.

Il est significatif qu’on revenait chaque fois sur l’affaire dans cet esprit, quand il pouvait être question de libérations provisoires. L’affaire du C.R.I.E.S. fit également l’objet d’une émission « L’écran témoin » de la R.T.B.F.. On y projeta le film Pretty Baby, suivi d’un débat auquel participa ce bon René Haquin. Un intervenant s’efforça de défendre le C.R.I.E.S. mais notre cher René lui coupait sans cesse la parole : certaines vérités n’étaient pas bonnes à dire…

En ce qui concerne la transmission de ce type d’information aux médias, voici comment les choses se passent. Un porte-parole du parquet de Bruxelles communique un certain nombre d’éléments des enquêtes en cours à l’agence de presse belge, ou tient franchement des conférences de presse. Les journaux brodent eux-mêmes à partir de ces informations exagérées : les lecteurs raffolent de ce genre de ragots scandaleux. Bref, le parquet et la police judiciaire sont responsables de cette violation délibérée du secret de l’instruction. Si l’on compare les procès-verbaux de l’instruction aux articles parus dans le journal Le Soir, on constate que René Haquin a pu consulter secrètement ces procès-verbaux pour pimenter ses écrits publics.

Un détail piquant est que le commissaire qui supervise à Bruxelles l’enquête sur le C.R.I.E.S. est un ami personnel de René Haquin…

RÈGLEMENT DE COMPTE AVEC CARPENTIER.


— H.K. : Passons maintenant au rôle du Parquet de Bruxelles. Certains prétendent qu’il s’agit en réalité d’un règlement de compte.


— J.D. : C’est exact sans être l’essentiel, Philippe CARPENTIER — le président du C.R.I.E.S. — a un passé judiciaire. En 1980, alors qu’il travaillait comme traducteur au Parquet de Bruxelles, il subodora l’existence des fameuses microfiches B de la police judiciaire. Ce sont des fiches mentionnant des données privées sur des citoyens, non politiquement alignés, sur leur orientation sexuelle.

Bon, quand Philippe Carpentier a deviné tout cela, il a communiqué des télex d’Interpol-Weisbaden à l’hebdomadaire POUR, un journal gauchiste qui fit éclater le scandale de ce fichage occulte de citoyens non délinquants mais marginaux politiquement.

LA SÛRETÉ DE L’ÉTAT ÉGALEMENT IMPLIQUÉE.


— H.K. : L’affaire du C.R.I.E.S. est-elle un règlement de compte avec une seule personne, ou faut-il chercher plus loin encore ?


— J.D. : Cela va bien plus loin mais le politique est tellement mêlé au judiciaire qu’il n’est pas aisé de s’y retrouver, sans compter les rivalités qui opposent les principaux offices de renseignements dont, notamment, les services spéciaux de la gendarmerie (B.S.R.), la Sûreté de l’État et la section G.R.B. de la police judiciaire (Groupe de Répression du Banditisme.).

Bon, un certain nombre de groupes sociaux sont perçus comme dérangeants pour l’État, par exemple les homosexuels en général, les anarchistes, l’extrême gauche, l’extrême droite, les minorités religieuses. L’État cherche une solution finale du problème des minorités par le biais du judiciaire. Et il s’en prend d’abord aux pédérastes, le groupe le plus vulnérable, pour créer un précédent permettant de limiter la liberté de la presse minoritaire.

La Sûreté de l’État s’intéresse en principe aux fichiers de toutes les organisations, mais certains fichiers sont évidemment plus importants que d’autres. Tous ses efforts, avant l’affaire du C.R.I.E.S., ont visé à s’emparer de ce fichier sans éclat judiciaire dès 1984 et ils n’ont pas lésiné sur les moyens. Si la sûreté avait pu percer ce fichier régulièrement et en sourdine, il n’y aurait pas eu d’affaire judiciaire du C.R.I.E.S. parce que ce n’est pas le but de ce service d’État de tuer une source de renseignements juteux.

Je sais quel est le commissaire de la Sûreté qui, avec l’aide d’un ancien adjoint révoqué, a tenté d’infiltrer le C.R.I.E.S. soit pour son service officiel, soit pour son propre compte dans la mesure où il s’est créé un État dans la Sûreté et qu’il sut mouiller assez de personnages importants (dont d’anciens ministres de la Justice) pour se donner des protecteurs puissants. Dans cette affaire C.R.I.E.S., ce commissaire avait un blanc-seing du ministre Jean GOL.

En revanche, la B.S.R. (Gendarmerie) est sur la piste du C.R.I.E.S. depuis les 28 avril et 1er juin 1981, de manière indirecte via un dossier n° 37.60.439/81. du Parquet de Charleroi, puis d’une publication contemporaine des créateurs du C.R.I.E.S. (qui ne se nommait pas encore ainsi.)

Vint le moment où, naïvement, pour rassurer ses abonnés du journal L’Espoir, le C.R.I.E.S. donna l’information que la liste desdits abonnés était codée sur disquettes bien cachées… C’est la gaffe monumentale car rien n’excite plus soudainement et fermement les offices de renseignements belges que l’association des notions : minorité sexuelle + code secret + fichier caché + (Ph. Carpentier + gauchisme + affaire microfiches B) = quelque chose de très subversif et dangereux pour l’État. J’ai vécu assez longtemps dans les systèmes militaire et judiciaire pour savoir qu’on se gonfle facilement l’imagination dans les états-majors du renseignement.

Il est un autre élément qui a pesé dans la balance : c’est l’amitié qui existait entre Philippe Carpentier et son collaborateur Michel Decré.

Qui est Michel DECRÉ ? C’est un jeune homme encore, traducteur assermenté au ministère de la justice dans la section antiterroriste TREVI (c’est-à-dire dans le service où fut Philippe Carpentier lorsqu’il dénonça le fichage effectué avec Interpol). Pour les bonzes de la Sûreté et de la B.S.R., cette amitié était plus que suspecte, c’était la certitude d’une infiltration du TREVI, d’un échange de renseignements confidentiels contre des « facilités sexuelles enfantines » : tel est le véritable créneau — inavoué — de la fantaisiste accusation judiciaire du prétendu « réseau de prostitution ».

Le fait que Michel Decré ne s’est jamais occupé de politique ni de syndicalisme fut jugé être une preuve d’adroite dissimulation de sa part.

Telle est la conviction des services belges, or cette CONVICTION est FAUSSE mais la démonstration de cette fausseté ferait à elle seule l’objet d’un autre opuscule qui viendra en son temps.

Voilà les principaux éléments qui amenèrent la B.S.R. et la Sûreté de l’État à passer le flambeau à la police judiciaire, section du G.R.B., ce qui démontre que l’infiltration du C.R.I.E.S. avait été un quasi-échec même si les membres de sa rédaction étaient partiellement identifiés.

Bon, la police judiciaire est tout ce que l’on veut, SAUF une association d’imbéciles. Ses 1800 membres sont plus efficients à eux seuls que les 18.247 gendarmes & 802 membres de la Sûreté de l’État. Au sein de la police judiciaire, le Groupe de Répression du Banditisme (G.R.B.) est un outil très performant en lui-même, sous la conduite du commissaire Georges MARNETTE.

En quelques mois le G.R.B. — nanti des renseignements de la Sûreté et de la B.S.R. — a formidablement tissé sa trame par le biais de filatures, d’indicateurs, de dénonciateurs (et autres moyens à ne pas citer faute de preuves…). Le 26 novembre 1986, la P.J. perquisitionnait le siège du C.R.I.E.S. sachant très bien ne rien y trouver, mais sachant aussi que les personnes surveillées commettraient des erreurs. Cette perquisition est un chef-d’œuvre de psychologie : dans l’équipe de rédaction du C.R.I.E.S., deux membres menaient une vie illégale, accumulant délit sur délit avec une incroyable imprudence et à l’insu de Philippe Carpentier (Michel F… 45 ans — Michel Decré, 29 ans). Ces deux personnes se sont rassurées trop vite de l’échec de la perquisition et persévérèrent dans l’erreur : plus qu’un crime, c’est une faute qui fit naufrager le C.R.I.E.S. car c’est eux qui détenaient le fichier informatisé des abonnés à la revue L’Espoir et celui des membres du CRIES.

En février 1987, la P.J. mettait la main sur l’un des fichiers, arrêtait Michel F… créateur du fichier codé et, après 17 heures d’interrogatoire (sans boire ni pouvoir manger — selon Michel F…) ce dernier donnait aux informaticiens judiciaires la clé du code.

Dès le lendemain, c’était l’arrestation de Philippe Carpentier, de Michel Decré et nombre d’autres personnes avec, en prime, la saisie de la seconde disquette codée et d’un listing en clair des abonnés.


— H.K. : Les policiers semblaient très bien savoir où ils devaient chercher !


— J.D. : Absolument ! En dehors de la sympathie ou de l’antipathie qu’on peut avoir envers les vrais délinquants du C.R.I.E.S. et surtout en dehors de l’hostilité qu’on peut porter ou non envers la police judiciaire, il faut reconnaître la remarquable efficacité de ce service de police qui obtint tant de résultats, sans jamais avoir recours à la violence envers les personnes arrêtées. C’est la section « Mœurs » de la P.J. qui s’est occupée de la partie matérielle des arrestations et interrogatoires sous la supervision du G.R.B. mais c’est ce dernier service qui est arrivé à percer les pseudonymes et adresses sibyllins de certains abonnés dont l’un, une personnalité importante, s’est suicidé la nuit même de son incarcération : c’était un homme marié, père de 4 jeunes enfants. (Philippe Mulatin alias « Ignace Diffo »)

Selon Philippe Carpentier, un certain Jean-Claude BERTRAND a également joué un rôle. Jadis, ce Bertrand avait fait chanter Michel Decré. Decré avait alors demandé l’aide de Carpentier pour se libérer de ce maître-chanteur. Aussitôt, Philippe interdisait l’entrée du C.R.I.E.S. audit Bertrand.

Pour se venger, il a fait à la police un certain nombre de « révélations sensationnelles » de son invention. Bertrand a ensuite été libéré et serait devenu un informateur de la police. À mon sens, le rôle de ce Bertrand est mineur dans le coup de filet policier mais plus important au stade de l’instruction et des fuites vers les médias.


— H.K. : Et comment la justice a-t-elle travaillé ?


— J.D. : Bof ! le parquet et le juge d’instruction n’ont pas été à la hauteur des circonstances ni à la hauteur de la police judiciaire. Stratégiquement et tactiquement, l’affaire C.R.I.E.S. est un fiasco en raison de la vanité incommensurable du juge d’instruction — Madame Véronique PAULUS de Châtelet — qui se couvre de ridicule. À son de trompes on avait annoncé 18 arrestations, 480 suspects en passe de sombrer, des dizaines de victimes identifiées et, en finale, on retrouvera 15 inculpés en correctionnelle dont la majeure partie n’appartenaient pas au C.R.I.E.S et ne se connaissaient même pas. On a créé un amalgame d’inculpés afin que la presse ne trouvât pas les bancs trop clairsemés lors des audiences futures. Dans le tas, on trouvera trois personnes très incultes auxquelles on aura bien du mal à expliquer ce qu’est l’homosexualité et la pédophilie.

Parmi les rares membres du C.R.I.E.S. qui sont inculpés, on trouve 2 délinquants en franc aveu. Pour les autres, tel Philippe Carpentier, il n’existe rien sinon un dossier d’ambiance qui remonte au déluge.

Autre chose, il a existé des dossiers d’où l’on faisait parfois disparaître des preuves d’innocence. Je me souviens d’un prétendu dossier de mœurs, datant d’il y a longtemps, où pas moins de 24 procès-verbaux étaient des faux en écriture sans compter les autres fraudes. J’espère qu’il n’en sera pas de même dans ce prétendu dossier de l’affaire dite « C.R.I.E.S. ».

Actuellement, on sait simplement que le dossier est unilatéral, instruit à charge uniquement sans que le juge d’instruction consente à recevoir les témoins à décharge.


— H.K. : Sais-tu comment les détenus sont traités ?


— J.D. : Suite à la mauvaise publicité faite dans la presse et surtout les outrances de René Haquin, Philippe Carpentier et les autres furent longtemps l’objet de menaces de mort, furent violemment agressés par des détenus en colère. Trois mois durant, ils ont dû s’abstenir de participer à la promenade ou de sortir dans les couloirs, sauf lorsqu’ils y étaient contraints, pour se rendre aux interrogatoires par exemple. Ils firent l’objet d’un régime spécial de haute surveillance. Un exemple : toutes les lettres qu’ils reçoivent sont ouvertes et photocopiées. Ceci dans le but évident de récolter de nouvelles adresses et indices. En ce qui concerne le suicide de Philippe Mulatin, la presse s’est rendue coupable « d’homicide volontaire par goût du scandale » (traduire en homicide par imprudence), non-assistance à personne en danger et surtout violation de la présomption d’innocence consacrée par l’article 6 de la Convention des droits de l’Homme.

Enfin, les magistrats chargés d’examiner l’opportunité de la détention préventive des accusés ont manifestement été influencés par les médias, je parle ici des juges de la chambre du conseil, de la chambre des mises en accusation, de la cour de cassation.

L’UNICEF ET LA PORNOGRAPHIE ENFANTINE.


— H.K. : À un certain moment, l’Unicef a également été impliqué dans cette affaire ?


— J.D. : Le directeur de l’Unicef était proche du parti socialiste. C’était un homme très tolérant qui estimait qu’il faut donner aux ex-détenus une chance de réinsertion sociale. C’est ainsi que Michel Felu fut engagé à l’Unicef comme homme de charge. Ce fut suffisant pour qu’il soit suspecté de complicité de débauche de mineurs.

J’ai quelques preuves par écrit que des magouilles politiques faisaient rage depuis longtemps à l’Unicef. Les accusations contre l’ancien directeur de l’Unicef émanent pour la plupart de membres du personnel qui souhaitaient son départ. Ce qui montre qu’un prétendu délit de mœurs peut cacher des règlements de comptes personnels.


— H.K. : Toute cette affaire a vraisemblablement fait du tort à l’image de marque de l’Unicef ?


— J.D. : De toute évidence, l’Unicef n’a rien à voir avec l’affaire du C.R.I.E.S., mais toute la presse internationale, jusqu’au Japon, a annoncé que le bureau de l’Unicef-Bruxelles était mêlé à une affaire de prostitution et de pornographie enfantines. Ce qui est particulièrement crapuleux, car les enfants du Tiers Monde ont été indirectement les victimes de cette campagne de calomnies. Enfin il était politiquement utile que le directeur de l’Unicef — proche des socialistes — fût discrédité par ricochet, dans la foulée de l’affaire C.R.I.E.S. C’est typiquement belge…


— H.K. : Ton expérience de cette affaire ne t’a-t-elle pas découragé ?


— J.D. : Pas du tout. Mon indignation me rend, au contraire, plus combatif encore. Notre cercle — qui ne s’occupe pas seulement des pédophiles ou des homosexuels — envoie aux détenus des textes de lois, des coupures de presse et des exposés sur les droits des inculpés, ce qui est utile. Celui qui a commis un délit ou un crime ne doit pas pour autant être automatiquement privé de ses droits constitutionnels lors de l’instruction. Les droits constitutionnels doivent être respectés jusqu’au-delà de l’échafaud sous peine d’avoir violé d’office les droits de la défense : c’est le cas dans l’affaire dite « C.R.I.E.S. »


M. H… avec ses remerciements pour l’aide de W. M…



UNE RECONSTITUTION À PARTIR DES EXCÈS DE LA PRESSE.

Nous savons que ce que les journaux ont raconté est faux.

Que s’est-il passé réellement ?

En novembre 1986, les membres du C.R.I.E.S. décidèrent de faire connaître plus largement son périodique L’Espoir et ils envoyèrent un prospectus à diverses associations.

Comme réaction, le président d’une de ces associations a déposé plainte au Parquet de Bruxelles. Encore en novembre 1986, la police judiciaire de Bruxelles reçut une lettre envoyée par un prisonnier. Cette lettre faisait état de ce que le C.R.I.E.S. avait organisé un réseau de prostitution enfantine.

Suite à cela, une perquisition eut lieu le 27 novembre 1986 dans les locaux du C.R.I.E.S.. Les noms des personnes présentes furent notés. Toutes ces personnes furent arrêtées plus tard, sauf l’une d’elles dont on peut supposer qu’il était un indicateur. Fin 1986, Philippe CARPENTIER — qui était la cheville ouvrière du C.R.I.E.S — devint sérieusement malade (on lui retira, début 1987, une tumeur de 4 kilos). Pour se décharger du travail, il confia le fichier des abonnés à L’Espoir à son bras droit : Christian JACQUE. Il était convenu que celui-ci demanderait à Michel Felu de mettre ce fichier sur une disquette de son ordinateur.

En janvier 1987, un indicateur anonyme se rendit à la police judiciaire de Bruxelles pour y prétendre que des mineurs d’âge participaient aux réunions du C.R.I.E.S., ceci étant un mensonge criant. Un procès-verbal en fut dressé. Depuis lors, le C.R.I.E.S. fut mis en surveillance permanente. Le médecin de Philippe Carpentier — le Docteur Dominique P… — voulu organiser une collecte, par lettre circulaire, parmi les abonnés de L’Espoir afin qu’ils participent aux frais médicaux engendrés. Le Dr P… prit le listing des abonnés chez lui et, aussitôt, survint une perquisition : le listing des abonnés et l’ordinateur personnel du médecin furent saisis. Le Dr P…, se souvenant de la perquisition du 27 novembre 1987, prévint téléphoniquement les membres de l’équipe de rédaction de L’Espoir et, pour ce fait unique, fut arrêté sous la prévention d’association de malfaiteurs. Une dizaine d’autres personnes furent également arrêtées parmi lesquelles Philippe Carpentier, Christian Jacque, Michel Felu, Michel Decré, etc. Quelques-unes des accusations : avoir excité des mineurs inconnus à la débauche — avoir pris des photos pornographiques introuvables — avoir « pêché » des enfants dans une piscine publique.

Les deux seules personnes qui ont vraiment transgressé la loi pénale sont Michel Felu et Michel Decré. En effet, ils ont eu des contacts physiques avec des enfants : on en a retrouvé des photos polaroïd. Une perquisition avait permis de retrouver des photos pornographiques d’enfants qui n’avaient jamais été commercialisées, pas plus que d’autres.

Un couple d’Anversois fut également arrêté parce que — selon le parquet — ils savaient que Felu avait eu des relations avec leurs enfants et auraient été rémunérés pour cela.

Ce couple et Felu s’étaient liés d’amitié lorsqu’ils habitaient Tirlemont. Lorsque ces parents et Felu déménagèrent respectivement à Anvers et à Bruxelles, les rapports amicaux se poursuivirent et le garçon de 12 ans logea fréquemment chez Felu. Quelquefois, Felu aidait ce couple anversois quand il connaissait des difficultés financières. Il ne s’agissait que de prêts que les parents remboursèrent plus tard.

Bien que le C.R.I.E.S. n’ait rien à voir avec les activités illicites de Michel Felu et Michel Decré, l’enquête en déduisit que le C.R.I.E.S. était un centre de pornographie et de prostitution enfantine.

Le 20 mai 1987, une des personnes arrêtées se pendit dans sa cellule, la nuit même de son arrestation. C’était un homme marié, photographe amateur, une personnalité en vue de la démocratie chrétienne ouvrière. Rien d’illicite n’avait jamais été publié venant de cet homme.

Et maintenant ?

Cinq personnes sont encore en détention préventive. Le juge d’instruction Véronique PAULUS de Châtelet ne renonce pas et s’obstine à poursuivre l’enquête.

Une partie des abonnés à la revue L’Espoir ont reçu la visite de la police rurale avec une mission d’information. On voulait savoir quels étaient les sources de revenus de ces personnes ainsi que leurs hobbies — quel était le genre de logement occupé.

Decré et Felu donnèrent aussi des leçons d’informatique à une dizaine d’enfants (au domicile de ceux-ci et avec l’approbation des parents). Ces enfants-là furent aussi interrogés vigoureusement.


(analyse H-Krant et Stiekum.)


LES SUITES DE L’AFFAIRE CRIES POUR LE MOUVEMENT PÉDOPHILE.

On a étranglé le groupe pédophile le plus fort et celui aussi qui était le plus connu à l’extérieur. Le CRIES a été frappé à mort, la revue L’Espoir est tuée. Un groupe plus petit, STIEKUM, a arrêté toute activité, son périodique WEELRAT ne paraît plus non plus. Les pédophiles sont encore présentés au public comme des « hommes vicieux » en longs imperméables qui séduisent les petits enfants dans les parcs à l’aide de friandises, qui abusent de ces enfants, qui font des photos pornographiques pour en tirer commerce.



Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Il semble que les notes de l’article originel paru dans Homokrant n’aient pas été reprises dans la traduction française. Elles sont cependant signalées par des appels de note.