Pétition du 26 janvier 1977 (Le Monde) : Différence entre versions

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{{Citation bloc|'''On parlait du monde qui change, c’est aussi notable quand on repense à certains combats d’hier qui paraissent totalement incongrus aux jeunes générations. Aujourd’hui, l’affaire Matzneff fait les gros titres.'''<br>J’étais le seul à dire que c’était un salopard ! Je l’ai écrit, je ne sais plus où.<br>'''Pourtant vous avez signé sa pétition en 1977 pour prendre la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des enfants.'''<br>Sa pétition ? Mais la pétition de Matzneff, je ne l’ai pas lue ! Daniel Cohn-Bendit et moi l’avons signée parce que Jack Lang nous l’avait demandé. C’était il y a 40 ans. C’est une énorme erreur. Il y avait derrière une odeur de pédophilie, c’est clair. C’était une connerie absolue. Plus qu’une connerie, une sorte de recherche de l’oppression. Je regrette beaucoup.<br>'''Comment expliquer que tant de grands noms – Sartre, Aragon, Barthes – aient aussi signé ? Que la quasi-totalité des intellectuels de l’époque défendait ou du moins tolérait des pratiques qui aujourd’hui font scandale ?'''<br>C’est difficile à expliquer. Autre temps, autres mœurs. La période était bêtement laxiste, permissive. Les idéologies nous submergeaient. Connaissez-vous cette phrase de Camus : « Quelque chose en eux aspire à la servitude » ?<ref>« Bernard Kouchner : “La gauche ? Vous la voyez où, vous ? Où elle est, la gauche ?” » / Bernard Kouchner ; in ''Le Point'', 11 janvier 2020.</ref>}}
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Les réactions publiées sur le site du ''Point'' montrent que de nombreux lecteurs ne sont pas convaincus par cette argumentation : pour eux, soit Kouchner ment, soit il a agi d’une manière totalement irresponsable de la part d’un homme politique, en signant sans même la lire une pétition pourtant très courte et très claire.
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On peut aussi s’étonner que Bernard Kouchner ne se souvienne plus où ni quand il a traité Gabriel Matzneff de « salopard », insulte qui n’est pas anodine ; et qu’il affirme que [[Daniel Cohn-Bendit]] a signé comme lui, alors que ce n’est pas le cas.
  
 
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Version actuelle en date du 12 janvier 2020 à 21:02

Le journal français Le Monde publia le 26 janvier 1977 une pétition pour la libération de trois pédérastes incarcérés sans procès depuis plus de trois ans. Ce texte était suivi de soixante-neuf signatures de personnalités.

Texte de la pétition

« Les 27, 28 et 29 janvier, devant la cour d’assises des Yvelines, vont comparaître, pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, Bernard D***, Jean-Claude G*** et Jean B***,[1] qui, arrêtés à l’automne 1973, sont déjà restés plus de trois ans en détention provisoire. Seul Bernard D*** a récemment bénéficié du principe de la liberté des inculpés.
Une si longue détention préventive pour instruire une simple affaire de « mœurs », où les enfants n’ont pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, ont précisé aux juges d’instruction qu’ils étaient consentants (quoique la justice leur dénie actuellement tout droit au consentement), une si longue détention préventive nous paraît déjà scandaleuse.
Aujourd’hui, ils risquent d’être condamnés à une grave peine de réclusion criminelle soit pour avoir eu des relations sexuelles avec ces mineurs, garçons et filles, soit pour avoir favorisé et filmé leurs jeux sexuels.
Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste, d’une part, entre la qualification de « crime » qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés ; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (si une fille de treize ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ?).
La loi française se contredit lorsqu’elle reconnaît une capacité de discernement à un mineur de treize ou quatorze ans qu’elle peut juger et condamner, alors qu’elle lui refuse cette capacité quand il s’agit de sa vie affective et sexuelle.
Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. Nous ne comprendrions pas que le 29 janvier D***, G*** et B*** ne retrouvent pas la liberté.
»

Signataires

Soixante-neuf écrivains, philosophes, médecins et autres intellectuels ont signé cette pétition :[2]

  • Claude d’Allonnes
  • Louis Aragon
  • Roland Barthes
  • Simone de Beauvoir
  • Judith Belladona
  • Dr Michel Bon (psychosociologue)
  • Jean-Louis Bory
  • Bertrand Boulin
  • François Châtelet
  • Patrice Chéreau
  • Jean-Pierre Colin
  • Copi
  • Michel Cressole
  • Alain Cuny
  • Fanny Deleuze
  • Gilles Deleuze
  • Bernard Dort
  • Françoise d’Eaubonne
  • Dr Maurice Erne (psychiatre)
  • Jean-Pierre Faye
  • Dr Pierrette Garrou (psychiatre)
  • Philippe Gavi
  • Dr Pierre-Edmond Gay (psychanalyste)
  • Dr Bernard Muldworf (psychiatre)
  • Negrepont
  • Marc Pierret
  • Francis Ponge
  • Anne Querrien
  • Grisélidis Réal
  • François Régnault
  • Olivier Revault d’Allonnes
  • Christiane Rochefort
  • Danielle Sallenave
  • Pierre Samuel
  • Gilles Sandier
  • Jean-Paul Sartre
  • René Schérer
  • Philippe Sollers
  • Gérard Soulier
  • Victoria Thérame
  • Marie Thonon
  • Catherine Valabrègue
  • Dr Gérard Vallès (psychiatre)
  • Hélène Védrine
  • Jean-Marie Vincent
  • Jean-Michel Wilheim

Réactions ultérieures de signataires

Bernard Kouchner

Dans un entretien publié par l’hebdomadaire Le Point le 11 janvier 2020, Bernard Kouchner récuse violemment sa signature lorsque l’enquêteur l’interroge à ce propos :

« On parlait du monde qui change, c’est aussi notable quand on repense à certains combats d’hier qui paraissent totalement incongrus aux jeunes générations. Aujourd’hui, l’affaire Matzneff fait les gros titres.
J’étais le seul à dire que c’était un salopard ! Je l’ai écrit, je ne sais plus où.
Pourtant vous avez signé sa pétition en 1977 pour prendre la défense d’adultes accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des enfants.
Sa pétition ? Mais la pétition de Matzneff, je ne l’ai pas lue ! Daniel Cohn-Bendit et moi l’avons signée parce que Jack Lang nous l’avait demandé. C’était il y a 40 ans. C’est une énorme erreur. Il y avait derrière une odeur de pédophilie, c’est clair. C’était une connerie absolue. Plus qu’une connerie, une sorte de recherche de l’oppression. Je regrette beaucoup.
Comment expliquer que tant de grands noms – Sartre, Aragon, Barthes – aient aussi signé ? Que la quasi-totalité des intellectuels de l’époque défendait ou du moins tolérait des pratiques qui aujourd’hui font scandale ?
C’est difficile à expliquer. Autre temps, autres mœurs. La période était bêtement laxiste, permissive. Les idéologies nous submergeaient. Connaissez-vous cette phrase de Camus : « Quelque chose en eux aspire à la servitude » ?[3]
»

Les réactions publiées sur le site du Point montrent que de nombreux lecteurs ne sont pas convaincus par cette argumentation : pour eux, soit Kouchner ment, soit il a agi d’une manière totalement irresponsable de la part d’un homme politique, en signant sans même la lire une pétition pourtant très courte et très claire.

On peut aussi s’étonner que Bernard Kouchner ne se souvienne plus où ni quand il a traité Gabriel Matzneff de « salopard », insulte qui n’est pas anodine ; et qu’il affirme que Daniel Cohn-Bendit a signé comme lui, alors que ce n’est pas le cas.

Auteur

L’auteur de cette pétition est resté inconnu pendant plus de trente-six ans. Le 7 septembre 2013, agacé par l’hypocrisie de quelques signataires oubliant leur engagement d’autrefois, ainsi que par des journalistes qui en parlent sans l’avoir lu, Gabriel Matzneff revendiqua la responsabilité et la rédaction du texte, dans une chronique de son site www.matzneff.com intitulée « Couvrez cette pétition que je ne saurais voir ».[4]

Il y explique les circonstances précises dans lesquelles est née la pétition, résumé d’une chronique parue dans Le Monde le 8 novembre 1976 sous le titre « L’amour est-il un crime ? ».[5]

La quête des signatures fut également menée par Matzneff lui-même, en un temps très court, avec l’aide de Guy Hocquenghem. La plupart des personnes contactées se montrèrent favorables ; il n’y eut que de rares refus (Marguerite Duras, Hélène Cixous, Xavière Gauthier, Michel Foucault entre autres).

Contrairement à certains signataires devenus timorés, en 2013 Matzneff ne renie en rien les valeurs exprimées par cette pétition : « J’en suis très fier et, si je l’écrivais aujourd’hui, je n’en modifierais pas le moindre mot, car elle est encore plus actuelle, nécessaire aujourd’hui qu’en 1977. »

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Conformément à la politique constante de BoyWiki, l’identité des personnes privées toujours vivantes, ou qui peuvent l’être, est réduite aux prénoms et à l’initiale du nom (voir la page d’aide au sujet des noms de personnes sur BoyWiki).
  2. On trouve souvent certains noms mal orthographiés : François Chatelet, Jean-Luc Henning, Vincent Montail, Négrepont, Hélène Védrines. Claude d’Allonnes est parfois listé comme « Claude Revault d’Allonnes ».
  3. « Bernard Kouchner : “La gauche ? Vous la voyez où, vous ? Où elle est, la gauche ?” » / Bernard Kouchner ; in Le Point, 11 janvier 2020.
  4. Chronique et réponses de lecteurs : « Couvrez cette pétition que je ne saurais voir : chronique du 07/09/2013 ».
  5. Cette chronique est reprise dans C’est la gloire, Pierre-François ! (Paris, La Table Ronde, 2002).