Mémoires-journaux (Pierre de L’Estoile)

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Les Mémoires-journaux du magistrat Pierre de L’Estoile (15461611) sont un précieux témoignage sur la vie à Paris pendant les règnes des rois de France Henri III et Henri IV. Ils s’étendent sur trente-sept années, de 1574 à 1611, mais n’étaient pas destinés à la publication.

Plusieurs passages exposent des cas de pédérastie ou de pédophilie, que ce soit avec des filles ou des garçons.

Le père Camus et le vicaire de Vaugirard


[…]

En ce mois,[1] M. le Lieutenant-criminel alla au couvent des Carmes, à Paris, prendre prisonnier ung Carme, nommé le père Camus, accusé de sodomie avec ung jeune novice aagé seulement de quinze à seize ans, accusé de mesme crime. Ce père Camus estoit en réputation, audit couvent, d’un bon Religieux, pie et dévot, qui avoit fait le voiage de Hiérusalem et en avoit rapporté tout plain de petites singularités : homme desjà mur, aagé de cinquante-cinq à soixante ans.

En mesme temps, le vicaire de Vaugirard, accusé d’avoir forcé une petite fille de l’aage de neuf ans, adverti de la poursuite qu’on en faisoit contre lui et que M. le prince de Conti lui vouloit faire mettre la main sur le colet, s’alla de lui-mesme rendre prisonnier à l’Evesché, comme en un lieu de franchise où personne ne lui devoit plus mot.

[…][2]



Prêtres et patenôtrier


[…]

Le commencement de ce mois[3] fust chaud et ardent, le reste assez tempéré et beau, gardant sa constitution naturelle. Peu de fruits, hormis de prunes ; le pain et le vin chers, et tous les autres vivres à l’équipolent. La ville, nette de peste, pour le regard des corps ; mais non pour les esprits, plus souillés et infectés de vices que jamais. Un patenostrier[4], aiant femme et enfans, demeurant rue Judas, force une petite fille d’un compagnon imprimeur, aagée de trois ans et demi. Un prestre, aux fauxbourgs S.-Germain, en mesme temps, en force une de pareil aage ; et un autre prestre de S.-Honoré, dans l’église mesme, bougeronne[5] un jeune garson ; et plusieurs autres actes exécrables, tant que le papier en rougist, se commettent à Paris, en ce mois, et n’oit-on parler d’autre chose.

[…]

Le jeudi 4e,[6] le patenostrier de la rue Judas, qui avoit forcé ceste pauvre petite fillette, aagée seulement de trois ans et demi (car son arrest portoit précisement cest aage), fust pendu et estranglé, sur la place Maubert, à Paris, et son corps rédigé en cendres.

[…][7]



Contrairement au patenôtrier, il n’apparaît pas dans la suite du journal que les deux prêtres aient été sanctionnés, au moins publiquement.

Il est fait mention en avril 1609 d’une autre petite fille, violée à l’âge de cinq ans et contaminée de syphilis, mais dont la mère ne peut obtenir justice.

Citation de Joseph Scaliger

En novembre 1608, Pierre de L’Estoile cite le dernier ouvrage de Joseph Scaliger, intitulé Accurata fabulæ Burdonium Confutatio (ou plus exactement Confutatio fabulae Burdonum) :



[…]

Il vient après à réfuter plaisamment une insigne calomnie jésuistique, vomie contre lui, qui est telle : Josephus pæderastes est et ἄθεος : Quid opus erat (respond-il) duo tam execranda flagitia objicere, quum satis esset unum ? Nam atheismus potest esse sine altero, alterum nunquam est sine atheismo.

Non ideo est pædico Deum qui non putat esse,
Sed qui pædico est non putat esse Deum.


Pæderastæ et athei sunt qui Burdones comminiscuntur, non ii ad quos de Burdonum sterquilinio nihil pertinet.

[…][8]



Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Décembre 1601.
  2. Pierre de L’Estoile, Mémoires-journaux, T. 7, Journal de Henri IV, 1595-1601, dir. G. Brunet et al., Paris, Librairie des Bibliophiles, 1879, p. 324.
  3. Août 1608.
  4. patenôtrier : fabricant ou marchand de chapelets.
  5. bougeronner : sodomiser (de la même famille que bougre).
  6. Jeudi 4 septembre 1608.
  7. Pierre de L’Estoile, Mémoires-journaux, T. 9, Journal de Henri IV, 1607-1609, dir. G. Brunet et al., Paris, Librairie des Bibliophiles, 1881, p. 122, 126.
  8. Pierre de L’Estoile, Mémoires-journaux, T. 9, Journal de Henri IV, 1607-1609, dir. G. Brunet et al., Paris, Librairie des Bibliophiles, 1881, p. 159.