Giovanni Maria Lanfranco : Différence entre versions

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'''Giovanni Maria Lanfranco''' (Terenzio, vers [[1490]] – Parme, fin novembre [[1545]]) est un théoricien de la [[musique]].
 
'''Giovanni Maria Lanfranco''' (Terenzio, vers [[1490]] – Parme, fin novembre [[1545]]) est un théoricien de la [[musique]].
  
Il étudia avec l’organiste Lodovico da Milano et peut-être avec Nicolaus Burtius. Il a probablement pris les ordres mineurs avant [[1528]], lorsqu’il devint ''maestro di capella'' de la cathédrale de Brescia. C'est là qu’il publia ses ''Scintille di musica'' et ''Rimario''. Un autre traité, ''Musica terentiana'', n’a pas survécu. Il devint maître de chapelle à Vérone vers [[1536]], et le resta jusqu’en [[1538]], année où il entra dans un monastère d’Augustins près de Bergame, sans doute suite à une affaire avec un [[petit chanteur]]. En [[1540]], il devint maître de chapelle à Santa Maria della Steccata, à Parme, où il mourut et fut enterré.<ref>Librement adapté d’une partie de la notice de ''The New Grove Dictionary of Music and Musicians'', edited by Stanley Sadie, London, MacMillan Publishers Ltd, 1980, T.&nbsp;10, p.&nbsp;441. L’auteur de cette notice ne mentionne pas la source de cette hypothétique histoire d’enfant de chœur.</ref>
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Il étudia avec l’organiste Lodovico da Milano et peut-être avec Nicolaus Burtius. Il a probablement pris les ordres mineurs avant [[1528]], lorsqu’il devint ''maestro di capella'' de la cathédrale de Brescia. C’est là qu’il publia ses ''Scintille di musica'' et ''Rimario''. Un autre traité, ''Musica terentiana'', n’a pas survécu. Il devint maître de chapelle à Vérone vers [[1536]], et le resta jusqu’en [[1538]], année où il entra dans un monastère d’Augustins près de Bergame, sans doute suite à une affaire avec un [[petit chanteur]]. En [[1540]], il devint maître de chapelle à Santa Maria della Steccata, à Parme, où il mourut et fut enterré.<ref>Librement adapté d’une partie de la notice de ''The New Grove Dictionary of Music and Musicians'', edited by Stanley Sadie, London, MacMillan Publishers Ltd, 1980, T.&nbsp;10, p.&nbsp;441. L’auteur de cette notice ne mentionne pas la source de cette hypothétique histoire d’enfant de chœur.</ref>
  
 
==Lettre de Pietro Aaron==
 
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À certaines époques, en outre, ce mot a été employé plus spécifiquement pour désigner un jeune [[castrat]]<ref>Voir par exemple {{Référence:Dassoucy & les garçons (Hennig)/Fayard, 2011|refcourte}}, p.&nbsp;395 :<br>« […] un de ces jeunes castrats (qu’on appelait des ''putti'') venus chanter dans les opéras de Mazarin »<br>Bien sûr, on est là un siècle plus tard ; mais le mot était manifestement employé dans ce sens depuis assez longtemps.</ref> : c’était un raccourci pour ''putto castrato'', ou encore ''putto soprano''. Est-ce que cela pourrait être le cas ici ? Les premières mentions connues de ''soprano maschio''<ref>Luigi Dentice, ''Due dialoghi della musica'', Rome, 1553.</ref> (« soprano masculin ») et de ''cantoretti''<ref>Lettre du cardinal Ippolito&nbsp;II d’Este à Guglielmo Gonzaga, duc de Mantoue, le 9 novembre 1555.</ref> — termes qui désignaient probablement des castrats — datent de [[1553]]-[[1555]] ; et l’on sait qu’il y en avait déjà dans le [[Cappella musicale pontificia sistina|chœur de la chapelle Sixtine]] en [[1558]]. La lettre de Pietro Aaron date d’une quinzaine d’années plus tôt : l’hypothèse que ce ''putto'' soit un jeune castrat est donc plausible, mais non assurée.
 
À certaines époques, en outre, ce mot a été employé plus spécifiquement pour désigner un jeune [[castrat]]<ref>Voir par exemple {{Référence:Dassoucy & les garçons (Hennig)/Fayard, 2011|refcourte}}, p.&nbsp;395 :<br>« […] un de ces jeunes castrats (qu’on appelait des ''putti'') venus chanter dans les opéras de Mazarin »<br>Bien sûr, on est là un siècle plus tard ; mais le mot était manifestement employé dans ce sens depuis assez longtemps.</ref> : c’était un raccourci pour ''putto castrato'', ou encore ''putto soprano''. Est-ce que cela pourrait être le cas ici ? Les premières mentions connues de ''soprano maschio''<ref>Luigi Dentice, ''Due dialoghi della musica'', Rome, 1553.</ref> (« soprano masculin ») et de ''cantoretti''<ref>Lettre du cardinal Ippolito&nbsp;II d’Este à Guglielmo Gonzaga, duc de Mantoue, le 9 novembre 1555.</ref> — termes qui désignaient probablement des castrats — datent de [[1553]]-[[1555]] ; et l’on sait qu’il y en avait déjà dans le [[Cappella musicale pontificia sistina|chœur de la chapelle Sixtine]] en [[1558]]. La lettre de Pietro Aaron date d’une quinzaine d’années plus tôt : l’hypothèse que ce ''putto'' soit un jeune castrat est donc plausible, mais non assurée.
  
D’autre part ''guasto'', traduit ici par le verbe ''to violate'', signifie plutôt « gâter, pourrir ». Cette traduction pourrait être une preuve supplémentaire de l’inconfort des traducteurs et commentateurs dès qu'il s’agit de pratiques [[pédérastique]]s.
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D’autre part ''guasto'', traduit ici par le verbe ''to violate'', signifie plutôt « gâter, pourrir ». Cette traduction pourrait être une preuve supplémentaire de l’inconfort des traducteurs et commentateurs dès qu’il s’agit de pratiques [[pédérastique]]s.
  
 
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Version du 26 décembre 2013 à 21:46

Giovanni Maria Lanfranco (Terenzio, vers 1490 – Parme, fin novembre 1545) est un théoricien de la musique.

Il étudia avec l’organiste Lodovico da Milano et peut-être avec Nicolaus Burtius. Il a probablement pris les ordres mineurs avant 1528, lorsqu’il devint maestro di capella de la cathédrale de Brescia. C’est là qu’il publia ses Scintille di musica et Rimario. Un autre traité, Musica terentiana, n’a pas survécu. Il devint maître de chapelle à Vérone vers 1536, et le resta jusqu’en 1538, année où il entra dans un monastère d’Augustins près de Bergame, sans doute suite à une affaire avec un petit chanteur. En 1540, il devint maître de chapelle à Santa Maria della Steccata, à Parme, où il mourut et fut enterré.[1]

Lettre de Pietro Aaron

Pietro Aaron, né à Florence vers 1480, mort probablement à Bergame vers 1550, fut compositeur et théoricien de la musique. Il insère l’anecdote suivante dans une lettre à Gregorio Corbelli, et lui demande d’en parler à des tiers, ce qui aura contribué à la propagation de la rumeur.

Le texte original d’Aaron parle de putto, que les éditeurs britanniques traduisent par boy.[2] D’autres commentateurs, sans préciser s’ils utilisent une source autre qu’Aaron, en font un choirboy, traduction incorrecte mais possible.[3] En italien, le sens général de putto est « enfant » (tout comme bambino, et à la différence de ragazzo qui veut dire « garçon »).

À certaines époques, en outre, ce mot a été employé plus spécifiquement pour désigner un jeune castrat[4] : c’était un raccourci pour putto castrato, ou encore putto soprano. Est-ce que cela pourrait être le cas ici ? Les premières mentions connues de soprano maschio[5] (« soprano masculin ») et de cantoretti[6] — termes qui désignaient probablement des castrats — datent de 1553-1555 ; et l’on sait qu’il y en avait déjà dans le chœur de la chapelle Sixtine en 1558. La lettre de Pietro Aaron date d’une quinzaine d’années plus tôt : l’hypothèse que ce putto soit un jeune castrat est donc plausible, mais non assurée.

D’autre part guasto, traduit ici par le verbe to violate, signifie plutôt « gâter, pourrir ». Cette traduction pourrait être une preuve supplémentaire de l’inconfort des traducteurs et commentateurs dès qu’il s’agit de pratiques pédérastiques.



105 (J52). Fo. 172r-v
Pietro Aaron to Gregorio Corbelli, 26 December 1538 (autograph)


172v A frate Gregorio de Corbegli venetiano, figliuolo carissimo. Nel convento de’ Crosachieri in Vinegia.

172r Per un’altra mia te ho scritto a sufficientia. Non replico altro, solum che tu per il primo mi dia adviso quello che è Pre Zanetto da Lago, qual veniva da me continuo. Tu sai ben chi io dico. Mandami il tutto come si truova et quello che attende, et si gli puoi parlare, leggigli la presente partita, cioè come maestro Zanmaria Lanfranco è fuggito da Verona, dove che era come sai maestro di capella, vituperosamente, con perder la fama con tutta la sua roba, svaligliato la casa. Et se non si fuggiva, faceva male i fatti suoi, questo per causa di have guasto un putto, cosa veramente che mi rincresce molto. O che el sia altro non so; qua si dice quello essere stato la causa. Fallo intendere anchora a Fra Giovanbatista nostro. Il mondo dà di questi frutti. O che ’l sia per disperatione, o per vergogna, lui è fatto frate di Sancto Augustino qua in Bergamasco, in una villa et vilissimo castelletto chiamato a Romano, presso a Bergamo dodeci miglia, convento poverissimo, et pien di disaglii, cosa che molto mi miraviglio. Et più, ditto convento è lontano dal castello un miglio. Dubito non si muora per dolore vergogna. I dio lo aiuti.
[…]
Frate Piero Aaron[7]


Pietro Aaron à Gregorio Corbelli, 26 décembre 1538 (autographe)





I have written to you fully in my other letter. Please give me word immediately of Pre Zanetto del Lago, who used to come to me all the time. You know whom I mean. Tell me how he is and what he is doing, and if you can speak to him, read him the following and tell our Fra Giovanbattista too. Giovanni Maria Lanfranco has fled Verona, where he was maestro di capella, losing his good name and all his belongings, his house ransacked, because he violated a boy or so they say. Whether out of desperation or shame, he has become an Austin friar in a miserable little convent twelve miles from Bergamo, where he is likely to die of sorrow. God help him.[8]



Notes et références

  1. Librement adapté d’une partie de la notice de The New Grove Dictionary of Music and Musicians, edited by Stanley Sadie, London, MacMillan Publishers Ltd, 1980, T. 10, p. 441. L’auteur de cette notice ne mentionne pas la source de cette hypothétique histoire d’enfant de chœur.
  2. Bonnie J. Blackburn, Edward E. Lowinsky, Clement A. Miller, A correspondance of Renaissance musicians, Oxford, Clarendon Press, 1991, ISBN 0193151537, p. 956.
  3. Par exemple, le Grove Dictionary cité précédemment donne pour cause de la fuite de Lanfranco « an indiscretion with a choirboy ».
  4. Voir par exemple Jean-Luc Hennig, Dassoucy & les garçons, Paris, Fayard, 2011, p. 395 :
    « […] un de ces jeunes castrats (qu’on appelait des putti) venus chanter dans les opéras de Mazarin »
    Bien sûr, on est là un siècle plus tard ; mais le mot était manifestement employé dans ce sens depuis assez longtemps.
  5. Luigi Dentice, Due dialoghi della musica, Rome, 1553.
  6. Lettre du cardinal Ippolito II d’Este à Guglielmo Gonzaga, duc de Mantoue, le 9 novembre 1555.
  7. Blackburn et al., 1991, p. 955.
  8. Blackburn et al., 1991, p. 996.