Afrique

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L’Afrique se compose de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne ou Afrique noire. La pédérastie est historiquement attestée dans ces deux zones, sous des formes très diverses, et encore largement pratiquée aujourd’hui.


Afrique du Nord

Les Mamelouks qui dominaient l'Égypte médiévale pratiquaient la pédérastie avec des garçons d'Asie Centrale[1] pendant que, à en juger par la poésie arabe médiévale[2], l'amour des garçons s'est épanoui dans les sociétés islamiques de l'Afrique du Nord. Même si l'Islam est généralement contre les relations (sexuelles) entre personnes de même sexe, la ségrégation entre les sexes a permi des solutions homosociales, et puisque des « congrès sexuel entre adultes mâles et jeunes garçons n'étaient pas considérés comme 'homosexuels' ou 'aberrants'[3] », les garçons « n'étant pas encore des hommes, pouvaient être pénétrés sans perdre leur virilité potentielle »[4], alors qu'une pratique sexuelle avec des garçons « faisait d'un homme un 'pécheur', mais n'entachait pas son statut public[5] en tant qu'hommes, ni ne menaçait les valeurs sociales importantes que sont la virginité féminine ou l'honneur de la famille. » [6].



Africaine sub-saharienne

En Ethiopie, Bieber en 1909 « constata de l'uranisme[7] » parmi le peuple sémitique des Harari qui était aussi souvent pratiqué entre hommes qu'entre hommes et garçons. En ce qui concerne la voisine Erithrée, Paolo Ambrogetti a mentionné des relations d'hommes avec des « diavoletti » (petits diables), de jeunes garçons que leur pères toléraient en tant que source de revenu[8].

De même les Azande ne considèrent pas que les relations entre hommes et garçons soient impropres, et pensent qu'il est raisonnable qu'un homme couche avec des garçons quand des femmes ne sont pas disponibles[9]. Chez les Mossi, au Burkina Faso actuel, des « 'Soronés' ( pages ), choisis parmi les plus garçons âgés de sept à quinze ans, étaient habillés en femme, en portaient les attributs et avaient le rôle[10] dans leur rapports avec les chefs, à qui les relations sexuelles avec les femmes étaient interdites le vendredi.[11] »

Le cas des fermiers bantouphones qui vivent dans la forêt tropicale humide au nord du fleuve Congo ( au Gabon et au Cameroun actuels ), illustrent comment des relations homosexuelles avec des garçons[12] sont tolérées, si pas institutionalisées[13]. De même, chez les bantouphones au nord-ouest du lac Nyasa ( des deux côtés de la frontière entre la Tanzanie et le Zimbabwe ), même si l'homosexualité y est un délit grave, dans les années 30 un informateur de l'anthropologue Monica Wilson l'a informée que les garçons peuvent coucher avec des garçons plus âgés et avoir avec eux des relations intercrurales ( et parfois orales ou anales )[14].

Godfrey Wilson a rapporté en 1957 qu' « à Lamu, une ville swahilie au nord de Mombasa, des garçons s'habillent en femme, font des strip-tease et s'apparient ensuite avec des hommes de l'assistance, plus âgés[15]. »

Enfin, un autre cas intéressant est celui de l'Afrique du Sud, où dans les années 1890s, un chef zoulou du nom de Jan Note a donné l'ordre à ses troupes ( principalement non zouloues ), de s'abstenir de tout contact physique avec des femmes, et à la place, ses hommes ont pris de jeunes initiés mâles avec eux en tant que « femmes garçons »[16].

L'Afrique coloniale

L'abandon de la mission des pères blancs au Buganda en 1882

Introduction

Le cas, présenté ici à travers des citations, doit être unique en son genre : les récits d'amitiés particulières dans des collèges français ou anglais se terminent par le renvoi des élèves, et la démolition en règle de la relation amoureuse ; ici, ce sont les missionnaires qui, après un débat moral et un vote, ont choisi de battre en retraite.

Cette histoire se passe dans les premières phases de l'entreprise missionnaire dans une partie de l'actuel Ouganda. A une époque où tout était à faire, où les implantations missionnaires avaient des conséquences politiques et économiques, le Kabaka ( Roi ) Mutesa du Buganda s'intéressa un temps à l'Islam au point d'observer le Ramadan, et fut approché par des missionnaires protestants puis catholiques.

Les buts avoués et parfois contradictoires de ces derniers était d'évangéliser, de convertir et de lutter contre l'esclavage. La méthode consistait principalement à créer des « villages chrétiens » destinés à faire tache d'huile, constitués d'anciens élèves de la mission recrutés très jeunes, les essais d'évangélisation sur des adultes s'étant avérés décevants. Selon le degré de confiance et d'intégration des missionnaires dans leur société d'accueil, les élèves de condition libres étaient rares dans un premier temps. Les pères recueillaient des orphelins et faisaient leur marché en rachetant de petits esclaves dans des circonstances parfois dramatiques, une méthode qui leur créait des scrupules moraux. Pendant des années il s'est agi quasi exclusivement de petits garçons jusqu'à l'établissement, des années plus tard, d'une mission de sœurs blanches.

La mission de Rubaga et la cour du Kabaka étaient proches. Des princes et autres jeunes gens de la cour fréquentaient la mission, et les pères fréquentaient la cour.


Dans «  Lavigerie, l'esclavage africain et l'Europe[17] », François Renault donne une version détaillée des événements. Publié en 1971, Roger Heremans en a donné un résumé en 1983[18] leurs travaux sont basés sur la correspondance et le diaire des missionnaires, de sorte que ce sont les idées et les mots des ces derniers qui nous sont donnés à lire. D'autres chercheurs n'eurent pas cette probité ; les mots « pédophilie » et « homosexualité » sous la plume d'Armand Duval[19] sont autant d'anachronismes propres à notre époque ( son livre fut publié en 2004 ). Duval, cité plus bas, explique comment les missionnaires jouaient les trouble-fête à la cour de leur hôte, le roi Mutesa.

Les faits

Renault, François : Lavigerie, l'esclavage africain et l'Europe. 1868-1892, T.I, Afrique Centrale, Ed. E. de Boccard, Paris, 1971, p.174-178.

« L'esprit des rachetés avait été jusqu'alors considéré comme bon, mais nous avons vu combien leur recrutement laissait à désirer. Un certain nombre d'enfants étaient auparavant passés de main en main, souvent par l'intermédiaire de traitants arabes, et ils avaient contracté des vices contre nature qu'ils communiquèrent à leurs camarades restés jusqu'alors indemnes. Les missionnaires en eurent les premières preuves en juillet 1882 et les mesures de surveillance plus rigoureuses qu'ils prirent en conséquence leur révélèrent bientôt un mal généralisé. Une telle constatation imposait une mise au point sur les résultats et les perspectives d'une telle œuvre : Livinhac remit un questionnaire en ce sens à ses confrères qui devaient y répondre individuellement[20].

Quatre Pères et un Frère, non consulté, se trouvaient alors au Buganda. Trois répondirent au questionnaire : Livinhac[21], Lourdel[22] et Girault[23]. Pour le premier, la corruption morale des enfants était profonde, et nuls les résultats obtenus en ce domaine ; il y avait peu de possibilités d'en faire de bons chrétiens et beaucoup trop, si on les baptisait, de donner occasion à des apostasies scandaleuses. Lourdel, lui, distinguait entre enfants corrompus de longue date, et les autres venus de tribus où le vice contre nature n'existait pas : chez ces derniers, on pouvait trouver des espérances de redressement. Les résultats moraux n'étaient dans leur ensemble « pas très sensibles », mais en apportant plus de soin au recrutement et à la formation, il restait possible de faire, du plus grand nombre au moins, des « chrétiens ordinaires ». Girault se situait entre ces deux positions, rejoignant Livinhac dans son appréciation des résultats et Lourdel dans les perspectives d'avenir. Tous les trois par contre tombaient d'accord pour juger comme passables les progrès intellectuels, compte-tenu des disponibilités, et surtout pour s'affirmer en définitive partisans de la poursuite de l'œuvre.

Cette conclusion peut paraître surprenante de la part d'un Livinhac si pessimiste. Mais les réponses formulées laissaient transparaître aussie bien la personnalité de leurs auteurs que la situation existante. Or le supérieur de la mission était l'homme du devoir au sens le plus désintéressé, mais aussi le plus austère du terme. Prêt à accepter n'importe quelles conditions d'existence jusqu'au sacrifice de sa vie pour le service de son idéal, il avait en même temps un sens aigu du péché aussi bien chez lui-même que chez les autres, qui le rendait facilement sévère dans l'appréciation de certaines circonstances. Jamais découragé cependant, il poursuivait avec ténacité une action nécessaire, et l'œuvre des rachats devait continuer car telles étaient les instructions de Lavigerie. Lourdel, en partageant ce point de vue, le basait également sur un optimisme raisonné. Sans fermer les yeux devant les lacunes et les difficultés, il gardait une sympathie et une compréhension humaines qui lui faisaient découvrir des possibilités cachées. Les Gandas le sentirent bien durant sa longue présence au milieu d'eux, et ils en ont gardé un vivant souvenir au point qu'aujourd'hui encore, il est resté « Mapera », le vrai père de leur chrétienté.

La réponse de Lévesque au questionnaire posé n'existe pas, mais son opinion négative est connue d'autre part. Une majorité de trois contre un s'affirmait donc en faveur de la continuation des rachats avec quelques réformes nécessaires. Tout cependant sera bientôt remis en question. Après la découverte des actes de corruption, les missionnaires avaient voulu obtenir la dénonciation des principaux responsables et deux furent renvoyés. Pour faire passer les enfants aux aveux, ils usèrent de la manière forte, et le souci de remonter aux éléments initiateurs les poussa, échelon après échelon, à exiger toujours plus. Finalement au moins d'octobre, les jeunes rachetés dénoncèrent les chrétiens et les catéchumènes de l'extérieur comme étant à l'original de tout le mal et ne venant à la mission qu'avec des intentions perverses.

Ce fut pour les missionnaires une cruelle désilllusion : « Voilà trois ans que nous sommes dans le Buganda, nota l'un d'eux. Quels sont les résultats obtenus ? D'après tout ce que nous venons de découvrir, non seulement nous n'avons obtenu aucun résultat positif, mais hélas ! nous n'avons servi qu'à faire outrager Dieu davantage. Nos néophytes, nos orphelins baptisés ont jusqu'ici la plus sacrilège des comédies [24] ». La question, posée sur la seule méthode des rachats, s'élargissait dès lors à la mission tout entière. Si elle avait pris un tel cours, fallait-il la poursuivre ? La communauté se réserva neuf jours de réflexion, au terme desquels, le 27 octobre, elle décida à l'unanimité de ses membres de quitter le pays.

Le mouvement des dénonciations ne s'arrêta pas pour autant. On avait déja parlé de vols que néophytes et catéchumènes s'apprêtaient à commettre : ces intentions - alors qu'était déja prise la décision de départ - revêtirent la forme d'un complot organisé ; le complot fut fut ensuite rapporté comme visant au meurtre des missionnaires, et toute l'affaire comme ayant sa source première dans la personne du Kabaka. Ces éléments nouveaux ne faisaient que charger davantage le tableau entrevu de la situation ; et en novembre, après avoir fait leurs adieux à Mtésa, les missionnaires quittaient le Buganda pour le sud du lac Victoria avec la plupart de leurs rachetés.

»


Motifs du départ des missionnaires.
« La lecture du diaire de Rubaga, où les événements sont consignés jour par jour, pose à elle seule un point d'interrogation sur la véracité des aveux obtenus, car la méthode forte employée à cet effet nécessitait qu'ils fussent toujours de plus en plus larges. La vérité se décanta vite aux yeux des intéressés eux-mêmes. Retirés à Tabora, ils purent se faire un meilleur jugement et il s'avéra que, si des faits de corruption et de vol s'étaient incontestablement produits, ils n'avaient pas eu l'ampleur redoutée et que l'on pouvait encore moins parler de complot. Quant à la chrétienté laissée au Buganda, la semence n'avait pas été jetée en si mauvaise terre, puisque sur place les nouveaux convertis ne tardèrent pas à gagner d'autres prosélytes, et qu'un groupe n'hésita pas à s'exiler pour rejoindre les missionnaires acceptant une existence plus précaire et s'exposant, s'ils voulaient revenir chez eux, à la colère du Kabaka. Ce fut Lourdel qui s'aperçut le premier de l'erreur commise et la dénonça le plus clairement[25], et même Lévesque, fort sévère vis-à-vis des jeunes rachetés, en vint à conclure : « Réflexion faite, je crois que nous avons eu tort de quitter le Buganda[26] ».

D'Alger, Lavigerie n'en jugea pas autrement. Les explications qu'il reçut de l'abandon du pays lui parurent pleines de contradictions : la chrétienté dont on lui avait jusqu'alors fournit tant d'excellentes nouvelles, se transformait tout d'un coup en un groupe d'hypocrites, et Mtésa qui avait paru si attaché à la présence des missionnaires, les laissait partir sans la moindre difficulté[27]. Le Délégué apostolique pour l'Afrique centrale venait justement de proposer Livinhac à la dignité épiscopale au cours des pourparlers engagés pour l'érection du pro-Vicariat apostolique du Victoria-Nyanza en Vicariat[28]. Que celui-ci ait fait preuve en cette affaire « d'un tel manque de jugement » lui fit regretter son choix[29]. Les plus amples informations reçues par la suite ne firent que confirmer ces impressions premières : la mission n'avait été abandonnée qu'à la suite de vaines terreurs[30].

Comment expliquer dans ces circonstances qu'une décision semblable fut prise sur place, et prise unanimement ? La crainte de perdre la vie n'intervint pas puisque les bruits de complot, visant à y attenter, ne se firent jour qu'ensuite[31]. La raison essentielle résidait dans la conviction d'un travail totalement vicié qui en se poursuivant ne pouvait aboutir qu'à un plus grand mal. Cette conviction se basait elle-même sur les aveux extorqués aux enfants rachetés ; comment les missionnaires ont-ils pu y ajouter une foi aussi complète ? Seules, semble-t-il, en rendent comptent les circonstances locales. L'hostilité manifestée par les Arabes[32] semblait gagner celui duquel tout dépendait dans le pays : Mtésa, après s'être montré un moment favorable, penchait ensuite vers l'Islam, et prêtait une oreille trop attentive aux propos qu'on lui rapportait sur les intentions menaçantes des Européens installés chez lui. Le sentiment d'isolement dans une telle ambiance a dû porter les missionnaires à exagérer la portée de certains faits : n'était-ce pas le moment d'appliquer la directive de Lavigerie, de ne pas s'obstiner à rester dans un endroit où l'animosité des esprits rendrait leur apostolat impossible[33] ?

»
Nouvelles orientations après 1885
« L'erreur commise aurait pû être fatale ; elle n'eut pas en fait de trop graves conséquences. En 1885, les missionnaires revenaient au Buganda avec Mgr Livinhac devenu vicaire apostolique. Ils ramenaient avec eux quelqu'uns de leurs rachetés et, outre l'instruction des catéchumènes de condition libre qui accaparait de plus en plus leur activité, ils poursuivirent cette œuvre. Ils la développèrent même puisqu'en 1888 ils avaient réuni près de quatre-vingt enfants, mais l'expérience acquise avait rendu nécessaire une réorganisation.

Le regroupement des garçons en orphelinat s'était avéré pernicieux, non seulement à cause des désordres relevés avant 1882, mais surtout par l'habitude qu'ils prenaient de tout recevoir de la mission et de tout en attendre, même arrivés à l'âge adultes. La chrétienté s'étant beaucoup développée entretemps, ils devint impossible de les placer dans les familles de néophytes, ce qui avait l'avantage, outre de décharger les missionnaires, de les laisser vraiment dans le milieu naturel. Quant aux filles - car les rachats après 1885 portèrent également sur les filles - elles furent confiées à des chrétiennes qui avaient manifesté le désir de se consacrer à leur éducation. L'une d'elles faisait en 1888 des vœux temporaires de chasteté et deux autres s'y préparaient : prémices des congrégations de religieuses Ganda, qui devaient prendre par la suite un grand développement[34]. Leur activité première cependant ne revêtait plus, par rapport à l'ensemble, qu'un aspect très secondaire.

Dans la pensée de Lavigerie, les rachats de jeunes esclaves devaient fournir le premier noyau d'une chrétienté. Or au Buganda, l'action missionnaire se porta dès le début sur les éléments de conditions libre, ce qui lui imprima un tout autre cours. Les rachetés jouèrent un rôle bien différent que prévu : c'est parmi eux que prit son origine l'affaire de 1882 qui faillit provoquer le naufrage de la mission ; et après 1885, loin de constituer le noyau de la chrétienté, ils ne subistaient que portés par elle.

»


Autre témoignage des mœurs à la cour du roi Mutesa en 1882

Duval, Armand, Le père Siméon Lourdel, apôtre de l'Ouganda (1853-1890), Paris, F-X de Guibert, 2004, ISBN 2-86839-911-8, p.146.

« Les esclavagistes et les notables, furieux de l'influence grandissante de Mapéra, lui vouaient une haine mortelle. Comme les autres Pères, en effet, Mapéra voyait dans la polygamie des grands, qui privait d'épouses les villageois pauvres, une cause de l'homosexualité et soupçonnait les Wangwana de l'exacerber ; il le déplorait dans son rapport du 29 décembre 1882 au cardinal Lavigerie[35]. En fait, quand on se rappelle les mignons de certains rois de France, et face aux revendications de notre époque, on est payé pour savoir, que cela plaise ou non, que l'homosexualité fait partie de la condition humaine et n'est pas l'apanage des pays où est tolérée la polygamie. Mais, à la cour et chez certains grands chefs, imposée à de très jeunes pages, elle tenait plutôt de la pédophilie et constituait un danger. Comme on leur apprenait que céder était réprouvé par Dieu, leur refus pouvait leur attirer la colère royale et la mort. Ce fut le cas lors de la persécution des années 1885-1886.

En décembre 1881, Mutagwanya vint confier ses difficultés au Père Lourdel. Ce beau jeune homme de 20 à 22 ans plaisait à Mutesa : Mapéra lui frotta le visage avec un peu d'huile de croton[36], pour provoquer une éruption cutanée. Deux jours plus tard, voyant Mutagwanya, Mutesa s'exclama : « Il a la lèpre ! qu'il sorte du Lubiri !» D'autres catéchumènes se refusaient ainsi au Roi qui enrageait, car il en devinait la cause. Comme il menaçait de faire saisir tous ceux qui allaient prier chez les Blancs, le père Lourdel leur recommandait de ne venir à la mission qu'en petits groupes, ou à la nuit, de ne pas avoir peur :

« Peur, disait l'un, c'est mon devoir de venir chez vous : ne pouvant le faire durant le jour, je viens pendant la nuit ; pourquoi aurais-je peur ? » Et un autre : « Quand on va voir ses amis, on ne doit rien craindre. »

»


Les villages chrétiens

Voyageur, dessinateur[37] et homme politique, Charles Buls (1837-1914), est allé au Congo belge en 1898 pour assister à l'inauguration du chemin de fer, dans ses « Croquis Congolais[38] ». Des scheutistes et des jésuites lui ont fait visiter leur mission. En peu de mots, il décrit une méthode de recrutement, d'évangélisation et d'établissement de villages chrétiens comparable à celle mise en place par les pères blancs au Buganda.


« Un matin à Léopoldville, nous décidons d'aller visiter la mission de la compagnie de Jésus à Ki Mwenza. Il faut partir au lever du soleil. »


« Le père E. Liagre prévenu téléphoniquement nous attend et nous accueille avec beaucoup d'amabilité. C'est un homme de 45 ans, vigoureux, de haute taille, vêtu d'une soutane grise. Il porte une longue barbe grisonnante, il a l'oeil intelligent; mais le front silloné de rides décèle une fatigue précoce, et les joues bouffies annoncent les premières atteintes de l'anémie. »


« Chez les pères de Scheut, établis à Berghes-Sainte-Agathe et à Nouvel-Anvers, j'ai observé le système du patronat. »


« Les néophytes sont des enfants abandonnés, orphelins, prisonniers de guerre, des esclaves délivrés. Les filles sont élevées par les soeurs Franciscaines, les garçons par les pères qui leur enseignent la lecture, l'écriture, le calcul, un catéchisme condensé; mais la plus grande partie du temps est consacrée à la culture et à des métiers manuels. Quand les filles atteignent douze ans, elles sont mariées à des garçons de quatre à cinq ans plus âgés. Les pères leur donnent un chimbêque dans une des avenues de la mission. Il se constitue ainsi, peu à peu, une sorte de communauté à la fois religieuse et communiste. »
« Les pères de la compagnie de Jésus emploient un système différent. Ils exercent leur apostolat dans le district du Kwango dont les limites suivent le cours du Congo et du Kassaï; à partir du mont Pogge elles longent la rive droite du Kwilu jusqu'à la frontière portugaise.

Trois stations ont été fondées dans ce territoire, grand comme quatre fois la Belgique. Ki Mwenza, Ki Santu et N'Dembo. Ce sont autant de colonies scolaires; les filles y sont élevées par des soeurs de Notre-Dame : conserver à ces enfants leur simplicité native, tout en corrigeant les défauts de la race, tel est le programme. L'instruction est des plus élémentaires pour les garçons et les filles, on s'efforce surtout de leur enseigner un métier utile.

A douze ans les filles sont mariées; si la mission manque d'épouses pour ses catéchumènes, elle en achète au village voisin. Le père Liagre me dit que la négociation lui fait souvent perdre beaucoup de temps en palabres et éclate de rire en me contant comment il est obligé de devenir négociateur matrimonial. Il faut tenir compte que l'achat de la femme est la forme de mariage d'après la coutume indigène.

Le jeune ménage chrétien est établi dans un village de la région; on lui construit une mission-ferme; on lui prête quelques enfants comme travailleurs. Cette installation devient un centre de culture et d'évangélisation; elle reçoit de temps en temps la visite d'un père; il s'assure si les catéchistes se maintiennent dans la bonne voie, s'ils travaillent et appliquent les préceptes de leur éducation. La mission de Kisantu a déja réuni 360 noirs, celles de Ki Mwenza et de Dembo 1267. Des marchés se tiennent régulièrement dans les trois missions principales et fournissent encore aux Pères une occasion de maintenir des relations avec leurs pupilles et de leur faire rendre des comptes.

»


Références

  • Dunne, B. W. (1998) "Power and Sexuality in the Middle East," Middle East Report 206: 8-12.
  • Evans-Pritchard, E. E. (1970) "Sexual inversion among the Azande," American Anthropologist 72: 1428-1434.
  • Greenberg, D. F. (1988) The Construction of Homosexuality Chicago: Chicago University Press.
  • Murray, S. O. (1987) "The Mamlukes," in Cultural Diversity and Homosexualities, ed. S. O. Murray. New York: Irvington, pp. 213-219.
  • Murray, S. O. (1998) "Homosexuality in 'Traditional' Sub-Saharan Africa and Contemporary South Africa: an overview," in Boy-Wives and Female Husbands. Studies on African Homosexualities, ed. S. O. Murray and W. Roscoe. New York: St. Martin's Press, pp. 1-18.
  • Pierce, L. P. (1997) "Seniority, sexuality, and social order: the vocabulary of gender in early modern Ottoman society," in Women in the Ottoman Empire, ed. M. C. Zilfi. Leiden: Brill, pp. 169-196.
  • Roth, N. (1991) "'Fawn of my delights': boy-love in Hebrew and Arabic verse," in Sex in the Middle Ages: A Book of Essays, ed. J. Salisbury. New York: Garland, pp. 157-172.
  • Roth, N. (1994) "boy-love in Medieval Arabic Verse," Paidika: The Journal of Paedophilia 3(3): 12-17.
  • Rowson, E. K. (1991) "The Categorization of Gender and Sexual Irregularity in Medieval Arabic Vice Lists," in Body Guards: The Cultural Politics of Ambiguity, ed. J. Epstein and K. Straub. New York: Routledge, pp. 50-79.


Notes

La première moûture de cette page est une traduction de la page Africa de BoyWiki en anglais.

  1. Murray, 1987, Greenberg, 1988
  2. Roth, 1991, 1994
  3. Pierce, 1997, 175
  4. Rowson, 1991
  5. litt. 'their public position'
  6. Dunne, 1998
  7. Littéralement : « encountered Uranism »
  8. Murray, 1998
  9. Evans-Pritchard, 1970
  10. En français dans le texte.
  11. Murray, 1998.
  12. Sic.
  13. Murray, 1998
  14. Murray, 1998
  15. Murray, 1998
  16. Murray, 1998.
  17. Renault, François : Lavigerie, l'esclavage africain et l'Europe. 1868-1892, T.I, Afrique Centrale, Ed. E. de Boccard, Paris, 1971, p.174-178.
  18. Heremans, Roger, L'éducation dans les missions des pères blancs en Afrique Centrale 1879-1914, Bruxelles, éd. Nauwelaerts, 1983, p.100-102. Les pères poursuivaient néanmoins l'œuvre des rachats et la formation des orphelins, tout en cherchant une solution définitive. Le nombre des jeunes gens augmentait lentement mais progressivement. En janvier 1881, ils étaient vingt ; en décembre de la même année, vingt-neuf ; et en août 1882, ils atteignaient le nombre de trente-huit. A ce moment, on introduisit une première division à l'intérieur de l'école : les plus jeunes étudiant l'alphabet sous la direction du frère, les plus avancés recevant un cours plus poussé. Chaque jour, on leur enseigne le catéchisme et le chant. Le ton des lettres devient de plus en plus positif. On constate de réels progrès dans l'école, et le P. Livinhac admet maintenant que « les enfants deviendront de bons petits écoliers », dès qu'on pourra se mettre « à les instruire d'une façon sérieuse ». L'esprit des enfants est jugé satisfaisant, et les pères apprécient de plus en plus les nombreux services qu'ils rendent à la mission. Au milieu de l'année 1882, la Mission du Buganda prospérait, d'intéressants perspectives semblaient s'ouvrir, le catéchuménat comptait de nombreux inscrits, et l'orphelinat, mieux organisé, mieux équipé, promettait, malgré toutes les hésitations et les doutes, d'heureux résultats. Or, voici qu'en quelques mois, tout, aussi bien l'œuvre des rachetés que la mission elle-même, tout allait être remis en question. Que s'était-il passé ? En juillet de cette même année, les pères constatèrent avec surprise que les enfants s'adonnaient à ce qu'ils appelaient : « des vices contre nature ». En surveillant plus rigoureusement jour et nuit leurs jeunes recrues, ils constatèrent bientôt que ces pratiques étaient généralisées et que les anciens les communiquaient à leurs camarades restés jusqu'alors indemnes. Cette constation représentait non seulement une amère et cruelle déception pour les missionnaires, mais elle leur posait aussi, plus qu'avant, des questions sur la valeur de cette œuvre. Fallait-il continuer ou supprimer l'orphelinat ? Une longue délibération entre tous les pères s'ensuivit. Finalement, tous tombèrent d'accord sur la nécessité de la poursuite de l'œuvre, mais en même temps ils décidèrent de prendre toutes les mesures nécessaires pour déraciner entièrement ces pratiques (Diaire de Rubaga, Juillet-Septembre 1882. A.M.G.). C'est ici que tout allait se gâter. Les missionnaires voulant obtenir la dénonciation des principaux responsables, firent pression sur les enfants, n'hésitant pas à utiliser la manière forte. Effrayés, ces derniers dénoncèrent les chrétiens et les catéchumènes ganda comme les principaux responsables. On comprend aisément que ce fut pour les pères une affreuse désillusion, et on n'est pas étonné de lire dans le diaire de la mission : « Voilà trois ans que nous sommes dans le Buganda. Quels sont les résultats obtenus ? D'après tout ce que nous venons de découvrir, non seulement nous n'avons servi qu'à faire outrager Dieu davantage. Nos néophytes, nos orphelins baptisés, on jusqu'ici joué la plus sacrilège des comédies (Diaire de Rubaga, octobre 1882, A.M.G.) ». Découragés, inquiets devant un avenir qui s'annonçait menaçant, les missionnaires décidèrent à l'unanimité de quitter le Buganda, pour aller fonder une nouvelle mission au sud du lac
  19. Duval, Armand, Le père Siméon Lourdel, apôtre de l'Ouganda (1853-1890), Paris, F-X de Guibert, 2004, ISBN 2-86839-911-8, p.146.
  20. Diaire de Rubaga, 21 septembre 1882 ; Archives Lavigerie C13/28
  21. Lettre de Livinhac à Lavigerie, 30 septembre 1882 ; Archives Lavigerie C 13/42
  22. Lettre de Lourdel à Lavigerie, 29 septembre 1882 ; Archives Lavigerie C 14/159
  23. Lettre de Girault à Lavigerie, s.d. ; Archives Lavigerie C 14/253
  24. Diaire de Rubaga, 14 septembre 1882 ; Archives Lavigerie
  25. Lettre de Lourdel à Charbonnier, 29 août, 3 novembre 1883 ; Archives Lavigerie C 14/33, 35. et lettres du même à Lavigerie, 30 novembre 1883 ; Archives Lavigerie C 14/36.
  26. Lettre de Lévesque à Lavigerie, 28 octobre 1883, Archives Lavigerie, C 14/338.
  27. Lettre de Lavigerie à Livinhac, 4 juin 1883 ; Archives Lavigerie, C 10/46.
  28. Lettre de Lavigerie au cardinal Simeoni, 29 avril 1883 ; minute, Archives Lavigerie, A 17/265.
  29. Lettre de Lavigerie à Bridoux, 22 octobre 1883 ; Archives Lavigerie, C 3/53.
  30. Lettre de Lavigerie à Livinhac, 26 août 1885, Archives Lavigerie, C10/62.
  31. Au moment du départ du Buganda, Livinhac fit à Lavigerie un récit global des événements, et inclut dans les motifs de la décision prise par les missionnaires le soi-disant complot organisé en vue de leur meurtre : Lettre du 9 novembre 1882 : Archives Lavigerie, C, 13/43. Et ce motif sera finalement le seul retenu pour la publication : cf. Les Missions catholiques, 8 juin 1883, n°731, p.268 ; 13 juillet 1883, n°736, p.328.
  32. Note
  33. Lettre de Lavigerie aux missionnaires du Nyanza, 18 octobre 1880 ; Archives Lavigerie, C 10/31.
  34. Lettre de Livinhac à Lavigerie, 10 juin 1888 ; Archives Lavigerie, C 13/101. Lettre de Lourdel à la Sainte-Enfance, 1er juin 1888 ; Archives Lavigerie, C 14/84.
  35. Lettre 9162
  36. lettre 9143, à Dom Just Lourdel, 10 mai 1882.
  37. Aux pages 113 et 114 de ses « Croquis congolais », il écrit : Les corps nus font, en Afrique, une toute autre impression que ceux que l'on rencontre dans nos académies. Il m'est arrivé plus d'une fois de suivre avec intérêt le jeu des muscles des deux sondeurs placés à l'avant de notre bateau. Ils plongeaient leurs perches dans le fleuvre alternativement d'un mouvement rythmé. Les masses musculaires de leurs bras et de leur dos, accoutumées à déployer leurs efforts, non sous la compression d'un vêtement, mais en pleine lumière, se gonflaient et se fondaient, tour à tour, en passant par une série de transitions et de modifications qui décelaient le jeu admirable de la machine humaine, quand elle a la franchise d'allures, la liberté d'attitude que donne l'habitude de vivre et d'agir nu. Je ne ressentais pas la sensation pénible produite par la vue d'un modèle grelottant dont la peau blémie, à l'ombre d'un costume, gagne la chair de poule sous notre regard. Quand nous entrons dans une classe de peinture d'après la nature vivante, nous avons l'impression d'avoir devant nous un homme déshabillé et non l'animal humain dans la beauté de sa forme propre; nous devinons un pauvre hère humilié de se montrer dans un état exceptionnel, considéré souvent comme ridicule, toujours anormal, parfois immoral... Tels ne devaient pas apparaître à Phidias et à Praxitèle les vigoureux éphèbes qui, oint d'huiles parfumées, se montraient à la Grèce assemblée dans le stade d'Olympie. Les jeunes athlètes devaient se révéler à ces immortels sculpteurs avec la franchise du mouvement, la grâce naturelle, l'inconsciente nudité des nègres de l'Afrique équatoriale.
  38. Buls, Charles : Croquis congolais, éd. Georges Balat, Bruxelles, 1899, p. 175 et suivantes.