Quand mourut Jonathan (68)

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Et il y eut, avec chacun une torche à piles, les rondes de nuit. Cette campagne ingrate en devenait belle ; et on se sentait tout permis.

Jonathan connaissait assez bien les chemins des environs, les prés, les cours d’eau, les bois, pour qu’ils n’aient pas à craindre de se perdre. Mais Serge n’entendait pas se laisser conduire. Bientôt surexcité, surtout dès qu’ils atteignaient un bout de forêt, il échappait à Jonathan et partait en exploration. Il n’était pas peureux ; il communiquait vite son enthousiasme à Jonathan, pour qui les prestiges de la forêt ou de la nuit étaient éteints depuis longtemps — et qui pourtant se reprenait au jeu, au point d’avoir peur tout seul, dès qu’il cessait d’apercevoir la lumière du petit garçon danser dans l’obscurité.

Serge se plaisait à une sorte de cache-cache. Il disait :

— Toi, tu vas par là, moi par là. On marche jusqu’à mille ! Tu vois, t’es pas forcé de compter vraiment. Tu t’le dis en gros ! Après on revient. Mais on a pas le droit de cacher la lampe ! C’est le premier qui t’voit, il gagne.

L’enfant eut bientôt la malice de grimper à un arbre. Il laissait Jonathan disparaître, escaladait les branches jusqu’à la hauteur où l’on vacille et où les étoiles se découvrent, puis le ciel entier. Et l’air était frais, là-haut ! Alors, il appelait Jonathan d’une voix très forte : mais il avait éteint sa lampe, qu’il reliait avec de la ficelle à un passant de culotte.

Après un moment, Jonathan, un peu désemparé, mal guidé par les appels, approchait. Serge ne voyait pas sa lampe, n’entendait pas même ses pas : mais la voix du jeune homme se faisait nette.

— Allez ! où j’suis ? criait Serge, ravi, quand il devinait sa victime à quelques pas de l’arbre.

Des affleurements rocheux à petites cavernes, un ruisseau assez propre qu’on atteignait en escaladant deux clôtures puis en se glissant sous des barbelés, servirent à des jeux semblables. Serge n’y renonçait qu’une fois très fatigué, et c’est seulement là qu’il proposait qu’on rentre. Il pouvait être onze heures ou minuit. Restait, souvent, un long chemin à faire, en se perdant, se retrouvant. L’enfant traînait un peu la patte, mais sa gaieté ne le quittait pas. Il échafaudait des idées pour le lendemain soir.


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