Andrérastie

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L’andrérastie est l’attirance érotique qu’éprouvent des garçons à l’égard d’hommes adultes.

Un garçon attiré par les hommes est un andréraste. Cela n’implique pas du tout qu’il soit homosexuel.

Définition

Andréraste étreignant son amant adulte
(pastel de June Bonnemain, 2019)

Symétriquement à la pédérastie, qui est l’attirance érotique qu’éprouvent les hommes pour les garçons, l’andrérastie est l’attirance érotique qu’éprouvent les garçons pour les hommes.

Un couple homme-garçon comprend donc habituellement un pédéraste et un andréraste.

Pour plus de précisions sur l’étymologie, l’histoire et la signification de ces deux termes, on peut se reporter à l’article détaillé sur la définition de l’andrérastie.

Un processus psychologique lié à l’adolescence

L’andrérastie est très répandue chez les garçons préadolescents et adolescents, alors même qu’ils ressentent aussi une attirance certaine pour les filles de leur âge ou pour les femmes adultes — voire même pour des garçons plus jeunes ou du même âge. L’adolescence est en effet l’époque de la découverte de l’amour et de la sexualité, en partie grâce aux expériences multiples que beaucoup s’autorisent.

L’intérêt particulier que les garçons portent aux hommes adultes est conforté par leur désir d’être guidés dans différents domaines. Ils choisissent pour cela une personne qui à la fois leur ressemble — étant du même sexe — et qui présente pourtant des différences notables — d’âge, d’expérience, de physique. L’homme est ainsi pour le garçon un modèle librement choisi, contrairement aux membres de sa famille et aux professeurs, qui lui sont imposés.

La plupart des garçons andrérastes deviendront définitivement hétérosexuels à l’âge adulte, même s’ils ont vécu des liaisons longues ou nombreuses avec des hommes. Penser que l’homosexualité risque de « s’attraper » par de telles pratiques est une croyance erronée d’un autre siècle.

L’andrérastie dans l’histoire

Sodome

Dans la Genèse, premier livre de la Bible juive et chrétienne, on trouve une mention de l’andrérastie qui est peut-être la plus ancienne trace écrite de cette attirance.

Il s’agit du récit mythique d’une tentative de viol homosexuel commise par les habitants de Sodome. Lôt, le neveu d’Abraham, s’est établi avec sa famille dans cette ville païenne. Un jour, il offre l’hospitalité à deux hommes qui accompagnent le dieu sémitique Yâhweh (on les considère traditionnellement comme des anges, bien que le texte ne le précise pas).

Texte original et traduction française

Voici le texte hébreu, verset par verset, avec la traduction de Louis Segond :


טֶרֶם יִשְׁכָּבוּ וְאַנְשֵׁי הָעִיר אַנְשֵׁי סְדֹם נָסַבּוּ עַל־הַבַּיִת מִנַּעַר וְעַד־זָקֵן כָּל־הָעָם מִקָּצֶֽה׃

וַיִּקְרְאוּ אֶל־לֹוט וַיֹּאמְרוּ לֹו אַיֵּה הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־בָּאוּ אֵלֶיךָ הַלָּיְלָה הֹוצִיאֵם אֵלֵינוּ וְנֵדְעָה אֹתָֽם׃

וַיֵּצֵא אֲלֵהֶם לֹוט הַפֶּתְחָה וְהַדֶּלֶת סָגַר אַחֲרָֽיו׃

וַיֹּאמַר אַל־נָא אַחַי תָּרֵֽעוּ׃

הִנֵּה־נָא לִי שְׁתֵּי בָנֹות אֲשֶׁר לֹֽא־יָדְעוּ אִישׁ אֹוצִֽיאָה־נָּא אֶתְהֶן אֲלֵיכֶם וַעֲשׂוּ לָהֶן כַּטֹּוב בְּעֵינֵיכֶם רַק לָֽאֲנָשִׁים הָאֵל אַל־תַּעֲשׂוּ דָבָר כִּֽי־עַל־כֵּן בָּאוּ בְּצֵל קֹרָתִֽי׃

וַיֹּאמְרוּ גֶּשׁ־הָלְאָה וַיֹּֽאמְרוּ הָאֶחָד בָּֽא־לָגוּר וַיִּשְׁפֹּט שָׁפֹוט עַתָּה נָרַע לְךָ מֵהֶם וַיִּפְצְרוּ בָאִישׁ בְּלֹוט מְאֹד וַֽיִּגְּשׁוּ לִשְׁבֹּר הַדָּֽלֶת׃

וַיִּשְׁלְחוּ הָֽאֲנָשִׁים אֶת־יָדָם וַיָּבִיאוּ אֶת־לֹוט אֲלֵיהֶם הַבָּיְתָה וְאֶת־הַדֶּלֶת סָגָֽרוּ׃

וְֽאֶת־הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־פֶּתַח הַבַּיִת הִכּוּ בַּסַּנְוֵרִים מִקָּטֹן וְעַד־גָּדֹול וַיִּלְאוּ לִמְצֹא הַפָּֽתַח׃

4 Ils n’étaient pas encore couchés que les gens de la ville, les gens de Sodome, entourèrent la maison, depuis les enfants jusqu’aux vieillards ; toute la population était accourue.
5 Ils appelèrent Lot, et lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, pour que nous les connaissions.
6 Lot sortit vers eux à l’entrée de la maison, et ferma la porte derrière lui.
7 Et il dit : Mes frères, je vous prie, ne faites pas le mal !
8 Voici, j’ai deux filles qui n’ont point connu d’homme ; je vous les amènerai dehors, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit.
9 Ils dirent : Retire-toi ! Ils dirent encore : Celui-ci est venu comme étranger, et il veut faire le juge ! Eh bien, nous te ferons pis qu’à eux. Et, pressant Lot avec violence, ils s’avancèrent pour briser la porte.
10 Les hommes étendirent la main, firent rentrer Lot vers eux dans la maison, et fermèrent la porte.
11 Et ils frappèrent d’aveuglement les gens qui étaient à l’entrée de la maison, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, de sorte qu’ils se donnèrent une peine inutile pour trouver la porte.[1]


Vocabulaire et interprétation

En hébreu, le substantif נַעַר naåar utilisé au verset 4 désigne en général un garçon, enfant ou adolescent ; et parfois, par extension seulement, un serviteur ou un jeune homme.[2] Cet usage est très proche du παις grec et du puer latin.

L’adjectif קָטָן qatan, dans le verset 11, a le sens général de « petit, jeune, insignifiant, cadet » (usage comparable au radical *pau- de l’indo-européen primitif). Il qualifie là encore un enfant, un « petit », plutôt qu’un jeune homme.

Ainsi le texte original montre que des jeunes garçons se sont joints au peuple de Sodome pour tenter de « connaître » sexuellement les hommes hébergés par Lôt. Il s’agit donc, à proprement parler, d’andrérastes.

Traduire naåar par « jeune(s) » (Bible de Jérusalem, TOB) ou par « jeunes gens » (Maredsous), ou qatan par « jeunes » (Maredsous), est d’une imprécision malhonnête. Seule la traduction française de Louis Segond est fidèle à l’original. Cependant il vaudrait encore mieux traduire naåar par « garçon », terme en l’occurrence plus précis et plus exact qu’« enfant » (de plus, on ne peut imaginer qu’à cette époque des filles aient été assez libres pour manifester un tel désir).

Quant au verbe « connaître », les efforts de divers commentateurs modernes pour en détourner le sens hors du domaine sexuel ne sont guère crédibles.[3] Lôt lui-même ne s’y trompe pas : à la place des deux hommes, il propose ses deux filles vierges, échange sans équivoque entre deux équivalents : « Ne couchez pas avec eux, puisque je vous offre de coucher avec elles ».

Historicité

Un mythe tel que la destruction de Sodome peut contenir des éléments authentiques, déformés par le long temps écoulé entre les événements réels (datant de la première moitié du iie millénaire avant notre ère) et la mise par écrit des récits bibliques (vers le VIe siècle AEC).

Il n’est pas impossible, par exemple, que cet épisode traduise l’incompréhension entre une petite tribu sémitique (autour de Lôt) et un peuple indo-européen où la pédérastie, et donc l’andrérastie, étaient des pratiques courantes. Ou, plus simplement, et plus tardivement, l’intolérance des rédacteurs de la Genèse, soumis à la loi moïsiaque, pour les coutumes des peuples environnants.

La Grèce antique

June Bonnemain, dans une courte étude intitulée « Des ancêtres de l’andréraste »,[4] analyse huit épigrammes de l’Anthologie grecque — 14, 105, 109, 161, 177, 200, 205 et 246 — dans lesquelles sont évoqués des garçons désirant manifestement s’unir à des hommes, parfois dès avant l’âge de douze ans.

Négation puritaine moderne

La notion même de désir sexuel exprimé par un garçon à l’égard d’un homme est aujourd’hui refusée par de nombreuses personnes. Alors que tout éducateur, tout prêtre, en connaît par expérience la réalité.

En 2015, Don Gino Flaim, prêtre de la ville italienne de Trente, affirmait dans une émission télévisée :

« Je suis beaucoup allé dans les écoles, les enfants je les connais, et malheureusement, il y a des enfants qui cherchent de l’affection parce qu’ils n'en reçoivent pas chez eux. Ils peuvent parfois tomber sur un prêtre qui cède, et ça je peux le comprendre. »

Ces propos réalistes, qui ont provoqué un tollé médiatique, lui ont valu d’être rapidement suspendu.

La négation la plus radicale de l’andrérastie est venue des pays anglo-saxons, qui ont inventé à la fin du XXe siècle la notion de « viol statutaire » : toute pénétration sexuelle entre un adulte et un mineur — même consentant, même demandeur, même pénétrant l’adulte — est alors considérée juridiquement comme un viol, et punie comme tel.

Citations

With a relaxation of taboos and legal pressures, open discussion and knowledge would replace ignorance, and the boys themselves would be better able to decide whether to go after—or accept the interest of—this man or that. (For such desires aren’t exclusively one-sided; modern psychiatric evidence indicates that the boys themselves often make the first move.)

Si les tabous et les pressions judiciaires diminuaient, le débat ouvert et la connaissance remplaceraient l’ignorance, et les garçons eux-mêmes seraient mieux capables de décider s’ils recherchent tel ou tel homme — ou s’ils acceptent son intérêt pour eux. (Car de tels désirs ne viennent pas toujours du même côté ; la psychiatrie moderne a prouvé que les garçons eux-mêmes prennent souvent l’initiative.)

It’s been well known to psychiatrists for many years—and to boarding school headmasters for generations before that—that very often it’s the younger boy who makes the first affectionate gesture, or even the first overtly sexual gesture, to the older boy or man.

Depuis de nombreuses années les psychiatres savent — et avant eux des générations de directeurs d’internats — que c’est très souvent le plus jeune qui fait le premier geste tendre, ou même le premier geste ouvertement sexuel, à l’égard d’un garçon plus âgé ou d’un homme.

N’importe quelle personne qui aime les gosses peut témoigner qu’ils draguent ferme ou (ce qui revient au même) excellent dans l’art de se faire draguer. J’ai dragué beaucoup de moins de seize ans, mais beaucoup de moins de seize ans m’ont dragué.

Il y a des gosses qui sont très sages, c’est exact, mais il y a aussi des gosses qui sont très putes. Putes n’est d’ailleurs pas le mot juste. Simplement, ils rêvent de baisers « comme au cinéma », de caresses, d’étreintes et du reste. Certains n’aiment pas les adultes et réservent leurs faveurs aux enfants de leur âge ou plus jeunes qu’eux (gamin, j’étais ainsi), mais il en est d’autres à qui l’idée de coucher avec un grand/une grande ne déplaît nullement.

Les très jeunes sont tentants. Ils sont aussi tentés. Je n’ai jamais arraché ni par la ruse ni par la force le moindre baiser, la moindre caresse.

S’il y a un âge où un garçon a besoin de contacts sexuels, c’est l’adolescence. La société adulte n’a aucun droit de lui interdire d’étancher cette soif.

Un garçon de quatorze ou quinze ans, même s’il est très épris de vous, sait obscurément qu’il ne passera pas toute sa vie dans vos bras.

Il n’est pas de bonheur qui n’ait sa source et sa fin dans les sens, mais le charme de l’enfance est de promettre avant de pouvoir tenir. Encore tient-elle volontiers, à un âge que ne soupçonnent pas les bonnes gens. L’auteur de Lolita a étonné en dévoilant l’existence des « nymphettes ». Les satyrisques étaient les petits compagnons des satyres, les panisques de Pan et, si l’occasion leur en était offerte, les Lolitos supplanteraient les Lolitas.
   … Que deviendraient les familles,
   Si les cœurs des jeunes garçons
   Étaient faits comme ceux des filles ?

Le chevalier de Boufflers, qui était pédéraste, fait semblant de poser là une question qu’il avait résolue : les cœurs des garçons sont aussi ardents que ceux des filles et leurs corps plus précoces et plus exigeants.

SOULAS Philippe 1982 Merde c'est chouette 915x286.jpg

Dessin de Soulas pour Le Petit Gredin, 1982

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Gn 19,4-11, trad. Louis Segond.
  2. James Strong (The exhaustive concordance of the Bible) donne les usages suivants :
    babe, boy, child, damsel, lad, servant, young man. From na‘ar ; (concretely) a boy (as active), from the age of infancy to adolescence ; by implication, a servant ; also (by interch. of sex), a girl (of similar latitude in age) — babe, boy, child, damsel (from the margin), lad, servant, young (man).
  3. Derrick Sherwin Bailey, Homosexuality and the Western Christian tradition, London, 1955.
    John McNeill, The Church and the homosexual, Kansas City, 1976, p. 42-50.
    John Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité : les homosexuels en Europe occidentale des débuts de l’ère chrétienne au XIVe siècle, Paris, Gallimard, 1985, p. 130-136 (traduction de Christianity, social tolerance, and homosexuality : gay people in Western Europe from the beginning of the Christian era to the fourteenth century, Chicago, The University of Chicago Press, 1980).
  4. Bulletin trimestriel Quintes-feuilles, n° 16, Paris, Quintes-feuilles, 2019, p. 7-10 (rubrique « Libre expression »).