Roger Matassoli

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Le père Roger Matassoli
lors d’une célébration en 1980
Roger Matassoli est un prêtre catholique français, né en 1928. Au cours d’une longue carrière dans le département de l’Oise comme aumônier, vicaire, puis curé, il s’intéresse particulièrement aux garçons, vivant de façon tacite une pédérastie qu’il semble avoir assez peu dissimulée.

Ayant pris sa retraite en 2009, il est sauvagement assassiné début novembre 2019, à l’âge de quatre-vingt-onze ans, à son domicile d’Agnetz.

Ministère ecclésiastique

Ordonné prêtre le 8 avril 1956, Roger Matassoli est d’abord vicaire de Clermont-sur-Oise. Nommé à partir de 1967 au village de Froissy, dans l’Oise, il en devient curé en 1988, et restera en poste jusqu’en 2009.[1] Pendant cette quarantaine d’années, il habite sans interruption le presbytère de Saint-André-Farivillers.

Il a également été aumônier au lycée Cassini de Clermont-sur-Oise.

En 1979, pour l’exercice de ses activités d’animation, le prêtre avait déclaré à l’INSEE une « société Roger Matassoli »[2] (entrepreneur individuel) implantée à Saint-André-Farivillers, « spécialisée dans le secteur des activités des organisations religieuses » (code 9491Z). Cette structure existait toujours au moment de sa mort, mais n’employait aucun salarié.

Âgé de quatre-vingt-un ans, il se retire en 2009 à Ronquerolles, un hameau du village d’Agnetz, à une vingtaine de kilomètres de Beauvais, dans une maison située rue du Pont Roy, à côté de chez sa sœur.

Après la disparition de l’abbé Matassoli, le père Bernard Grenier, curé de la paroisse de Clermont-sur-Oise qui comprend le village d’Agnetz, tenait à son égard des propos élogieux : « Il a été prêtre ici pendant très longtemps, il est bien connu dans la région. Il était un homme très cordial, simple, chaleureux, je suis sûr qu’il avait beaucoup d’amis dans le coin. Il se rendait disponible autant qu’il pouvait, il allait porter l’eucharistie à ses paroissiens, c’était un type bien. »

Relations avec des garçons

Roger Matassoli fait souvent venir des jeunes garçons chez lui. Aumônier d’une troupe scoute, il en accompagne les camps. En été, il dirige des colonies de vacances dans le Jura. Il organise aussi des ateliers jardinage pour les enfants, qu’il invite ensuite à prendre des douches au presbytère.

C’est là aussi que se trouvait une grande pièce un peu mystérieuse, dénommée « la clé du Paradis », équipée d’un important réseau de train électrique : les garçons considéraient comme une grande faveur d’y être admis.

Un villageois évoque un incident lors d’une partie de chasse, vers 1991 : « Mon chien avait couru sur la route. Une voiture, conduite par le père Matassoli, s’était arrêtée. Il avait une main sur le volant, l’autre dans le slip d’un garçon. Je l’avais signalé au maire. Il m’avait conseillé de me taire. »

Témoignages

Les témoignages rapportés par la presse dans cette affaire complexe peuvent être erronés, confus (au point parfois de confondre plusieurs personnes en une seule), et surtout peu objectifs. Il reste cependant intéressant de les analyser avec soin et précaution pour tenter de reconstituer la personnalité de Roger Matassoli.

Anciens paroissiens

Témoignage de Geneviève, une habitante de Froissy : « Je l’ai connu toute petite, c’est lui qui m’a baptisée en 1968 à Thieux. J’appréciais ses sermons. Il était toujours disponible. Après la messe, il mangeait souvent chez l’habitant. Il adorait chanter, il tenait une chorale. Il avait des idées bien arrêtées sur le mariage ou le baptême, j’aimais bien ça. Je l’avais contacté il y a deux ans car je divorçais et j’avais besoin de conseils. »

Selon un voisin du presbytère, Roger Matassoli était un « prédateur » dont le comportement sexuel était connu. Il attribue le silence de ce petit village paisible de l’Oise, pendant plus de quarante ans, à une « omerta » et à une énigmatique « protection » : « Personne n’écoutait. Des parents de victimes auraient tué leurs enfants s’ils avaient parlé. Il était protégé, c’est évident. L’Église, c’était quelque chose ! »

Vincent Serrano, journaliste à RTL, rapporte que ce prêtre avait une réputation irréprochable : « Très respecté par les notables du village, chez qui il allait dîner, régulièrement. Les familles se battaient presque pour l’accueillir à leur table. Dans les années 70, le père Matassoli a l’image d’un prêtre moderne, en avance sur son temps. Il organisait des colos dans le Jura pour les enfants de son village. »

« Il avait un charisme phénoménal. Toutes les femmes et jeunes filles du coin étaient amoureuses de lui, même moi ! Il incarnait la modernité. Il avait du Coca chez lui, c’était quelque chose à l’époque », dit Colette, sœur de Jacques, un garçon auquel l’abbé s’est particulièrement intéressé.

Après le meurtre du prêtre, une de ses voisines commente : « Ce n’est pas le genre d’événement que l’on pense se produire ici. C’est très calme. On ne le voyait pas souvent, ce monsieur, il sortait peu. Il n’était plus tout jeune, du genre discret. C’est terrible de partir comme ça après toute une vie à faire le bien ».

Jean-Paul L.

Jean-Paul L., instituteur à la retraite, est né vers 1952 et habite dans le Calvados. BFM TV en a publié une interview vidéo. Ancien louveteau, il dit avoir passé une nuit dans la tente de l’abbé Matassoli, qui aurait alors procédé à des attouchements. Bien que la chose ne se soit jamais reproduite, en 1989 il a prévenu de cet incident l’évêché de Beauvais.

En 2015, il écrit au prêtre une lettre de reproches :

« Abbé Matassoli,

Venant de rencontrer lundi dernier votre évêque Monseigneur Jacques Benoit-Gonnin, ce dernier m’a encouragé à vous écrire cette lettre.

Aux alentours de l’année 1960, j’étais louveteau à Clermont de l’Oise, et durant un camp sous tentes à Plainval[3] (près de Saint-Just-en-Chaussée), je ne sais pas comment vous avez réussi à me faire passer une nuit, seul avec vous, dans votre tente ! Pourquoi les cheftaines ne sont pas intervenues pour vous empêcher d’agir ainsi ? Pourquoi je n’étais pas dans la tente de mes copains louveteaux ? Tout cela est un immense mystère pour moi 50 ans après !

Par contre cette nuit-là va être un cauchemar dans ma tête, toute ma vie !! Je me souviens de la couleur de votre duvet de camping : marron. Le lendemain, j’ai le souvenir d’un temps grisâtre, avec des corbeaux qui croassaient dans le ciel…

Je considère que vous m’avez violé ! Vous m’avez caressé mon sexe et vous m’avez forcé à caresser le vôtre !!

Évidemment je ne comprenais rien à tout cela, j’étais un tout petit […] »[4]

»


La réponse de l’abbé Matassoli reste brève et prudente :

« Le 26/02/15

Suite, Jean-Paul, au courrier de mon évêque que tu as dû recevoir, je viens te dire ma consternation devant les faits que tu me reproches ; je ne les nie pas, mais n’en ai plus totalement le souvenir (il y a 53 ans, j’en ai 86 !). Je sais pourtant que j’ai des torts envers toi, puisque tu le dis, et qu’ils ont perturbé ta vie. J’en suis profondément désolé et te demande humblement pardon, du plus profondément de mon cœur, crois-moi. Je n’ai jamais eu de mauvaises attitudes avec d’autres garçons et me suis toujours efforcé de bien remplir ma mission ; j’y ai manqué avec toi et le regrette profondément. Pardonne-moi, Jean-Paul, prie pour moi quand même ; je voudrais partir en paix, la paix que je te souhaite pour le temps à venir. Je prie aussi pour toi et les tiens.

Encore pardon.

R. Matassoli

»


Analyse du cas de Jean-Paul L.

On peut faire quelques remarques à propos de la lettre de Jean-Paul L. :

  • Sa première protestation auprès de l’évêché (en 1989) est arrivée presque trente ans après les faits de 1962, qu’il dit pourtant n’avoir jamais oubliés ; et il a attendu plus de cinquante ans pour s’adresser directement au prêtre. Dans quel autre domaine de l’activité humaine, en cas de dommage sérieux, se manifeste-t-on après un temps aussi long, alors qu’il était possible de le faire bien avant ?
  • Jean-Paul L. « ne sait pas comment » le prêtre lui a fait passer une nuit dans sa tente. Ce qu’il répète presque mot pour mot dans une interview au Parisien, le 5 novembre 2019 : « Je ne sais plus comment il a fait mais il m’a attiré dans son lit ». Curieuse ignorance, ou curieux oubli, de la part de quelqu’un qui se souvient en revanche de nombreux détails comme le lieu précis, la couleur du duvet, le temps qu’il faisait, les cris des oiseaux…
  • L’ex-louveteau considère avoir été « violé » : ce terme participe de l’inflation verbale qui entoure la pédophilie depuis les années 1980. En réalité, même dans le sens très extensif que la législation actuelle donne au concept de viol, ce n’en était pas un, puisqu’il n’y a pas eu pénétration.
  • Au-delà des mots choisis pour accabler au maximum le prêtre, on ne voit pas bien où se situe le « cauchemar » allégué : il n’y a eu ni souffrance physique, ni violence, ni contrainte à laquelle le garçon aurait été obligé de se soumettre, ni acte particulièrement répugnant (toucher un sexe ne l’est pas, à moins que l’enfant ait été éduqué dans des principes puritains).
  • Un instituteur — l’ancienne profession de Jean-Paul L. — a normalement une solidité psychologique suffisante pour ne pas dramatiser un incident unique et sans réelle gravité ; ou, si cela lui pose durablement un problème, pour traiter la question rapidement et par un contact direct avec la personne impliquée.
    Jean-Paul L. réagira d’ailleurs de façon bien susceptible à la réponse de l’abbé : « Il me tutoyait. Cela m’a mis hors de moi. Ce n’est pas un proche ! Cinquante-huit ans après, c’est toujours aussi dur d’en parler pour moi ».

Les réticences du prêtre, dans sa réponse, s’expliquent par la crainte d’attaques ultérieures, y compris en justice, puisque l’ancien louveteau a déjà fait appel à l’autorité ecclésiastique au lieu de régler son problème personnellement. À une époque où de tels différends aboutissent de plus en plus souvent devant les tribunaux, et où les lois pénales changent sans cesse, tout bon avocat aurait recommandé à l’abbé Matassoli de se limiter à ce genre de réponse : éviter de reconnaître par écrit des actes précis ; demander pardon, mais sans préciser de quoi, ni vraiment avouer ; s’excuser de ne pas se souvenir s’il y a eu ou non quelque acte répréhensible ; et affirmer n’avoir rien à se reprocher avec d’autres enfants. Si hypocrisie il y a, elle était donc surtout provoquée par le risque de répression.

Jacques

Un des garçons de la paroisse, Jacques, né vers 1961, aurait eu des relations sexuelles avec Roger Matassoli entre les âges de six et quinze ans.

Ses sœurs Colette et Odile expliquent qu’il est tombé dans la Seine en 1989, à l'âge de vingt-sept ans : « Il était dans un état délirant. On ne saura jamais s’il s’est suicidé. »

Colette, qui travaille dans la pédopsychiatrie, évoque des souvenirs de 1984 : « Cette année-là, un proche a découvert dans la décharge du village une photo du prêtre, nu, de face, le pied sur une chaise. Nos parents sont allés le voir. Il a répondu que c’était une blague, un cliché fait à l’armée. Mais il avait l’air bien trop vieux. »

Cette image intrigue Colette. Elle questionne alors ses frères : « Ils m’ont dit avoir pris des douches avec l’abbé, après avoir joué au presbytère. Et qu’avec Jacques, cela allait plus loin. » Celui-ci reconnaît des attouchements de la part du prêtre, notamment lors de colonies de vacances organisées par l’ecclésiastique à Saint-Claude. « Jacques ne voulait pas y aller. Nos parents, modestes, insistaient. Pour eux c’était une chance. »

En 2019 Colette s’est exprimée aussi sur RTL : « Quand il a eu vingt-deux ans, Jacques s'est complètement effondré ; et là, il m’a dit qu’il avait été victime d’abus sexuels de la part du curé, entre six et quinze ans ; que ça se passait chez lui ; qu’il l’entraînait dans sa chambre, Jacques était tout nu ; que le curé lui faisait prendre des postures, des positions sur son propre lit ; que sur certaines photos, le curé était avec lui. Des douches aussi, des douches où ils étaient tout nus, mais pour Jacques, c’était presque pas grand-chose, les douches. Et Jacques me dit : “Mais vous avez rien dû voir, mais quand le curé venait manger à la maison, quand le curé me prenait sur ses genoux, il me tripotait.” Donc il était juste à côté de mon père, il faisait des choses pareilles sous le nez de mon père. C’était il y a trente-cinq ans quand Jacques en a parlé, mais il a vécu l’enfer. Fracassé, complètement dévasté par cette histoire-là. Et on n’a jamais rien vu. On était à mille lieues d’imaginer des choses pareilles. »

Dans une interview au Parisien, le 9 novembre 2019, Colette donne toutefois une version assez différente : « Matassoli venait souvent manger à la maison. Il avait Jacques sur ses genoux et le caressait. Personne n’osait rien dire. » Personne ne voyait ? ou personne n’osait ?…

Colette se souvient d’un petit détail qui l’a marquée : « Lorsqu’on venait le voir, le prêtre nous donnait du Coca à table, un luxe à l’époque. […] C’était un honneur pour mes parents de nous envoyer, mes frères et moi, passer du temps chez le curé ».

Odile incite alors Jacques à porter plainte, et l’emmène à Paris, au Quai des Orfèvres, prétextant que « dans l’Oise, Matassoli fréquentait tous les notables ». Elle et Jacques sont entendus, puis le dossier est transféré à la police judiciaire de Creil. Mais une proche de Jacques prévient le curé de l’enquête : « Il a eu le temps de se protéger. Elle s’en est voulu toute sa vie », affirme Colette. Le dossier est classé, les faits étant prescrits.

En 1986, l’un des frères de Jacques décède. La famille refuse que le père Matassoli se charge de l’office : « Nous avons expliqué la situation à son supérieur, le doyen de Froissy. À partir de là, l’Église savait. »

Dans une lettre aux parents de Jacques, le père Matassoli écrit alors : « Si cela peut procurer la paix à Jacques, je reconnais mes torts ». Odile ajoute : « Il disait aussi qu’il était gravement malade. C’était un grand manipulateur ».

Les deux sœurs relancent l’affaire en 2004, avec leur frère Daniel, à la mort de leur père. Les auditions menées à la gendarmerie de Froissy n’aboutissent à rien en raison de la prescription.

Odile et Colette sont convoquées en avril 2019, lors de l’enquête canonique menée par l’Église catholique de l’Oise contre le père Matassoli. Pour retrouver leur trace, l’évêché s’est servi d’une lettre écrite par Daniel en 2002. Il y refusait, en mentionnant les antécédents avec Jacques, que son fils suive les cours de catéchisme du père Matassoli.

Colette ajoute : « Je suis persuadée, depuis la mort du prêtre, qu’il a abusé d’Alexandre. Son coup de folie me rappelle les bouffées délirantes qui avaient atteint mon frère peu avant sa mort dans des circonstances troubles en 1989. »

Analyse du cas de Jacques

Des relations sexuelles qui durent pendant huit ou neuf ans ne peuvent être raisonnablement assimilées à des viols : le garçon était forcément consentant. Douches, nudité, séances de photo et attouchements peuvent à la rigueur être désagréables, mais ne sont en rien des violences, et encore moins un « enfer ».

Le taux de suicide en France, chez les hommes d’âge moyen, est d’environ une personne sur 5000. En cinquante-trois ans de ministère, le nombre de garçons dont Roger Matassoli a eu à s’occuper est du même ordre, et sans doute encore plus important. Parmi ses anciennes ouailles, un unique suicide, et de plus très hypothétique, ne constitue donc pas une preuve de nocivité à l’encontre du prêtre : les problèmes psychologiques de Jacques pouvaient avoir en réalité de tout autres causes — y compris éventuellement génétiques —, même si le jeune homme avait, faute de mieux, imaginé cette explication.

“Stéphane” V.

“Stéphane” V.,[5] père du jeune Alexandre V. qui assassinera Roger Matassoli, est né vers 1973. Il habite Beauvais. Le 5 décembre 2019, le journal Le Parisien en a publié une interview, partiellement reprise dans Marie Claire daté de la veille.

“Stéphane” a grandi à Campremy, à deux kilomètres du presbytère de Saint-André-Farivillers. Il dit avoir été pendant des dizaines d’années sous l’« emprise » de Roger Matassoli, qui se serait intéressé à lui lorsqu’il avait entre sept et quatorze ans. Alors que des travaux rendaient la salle de bain de la maison familiale inaccessible, le prêtre proposa au jeune “Stéphane” de se doucher au presbytère : « En sortant, j’avais une serviette autour des hanches, il l’a retirée et m’a dit : “Tu sais, j’ai fait les camps scouts, j’en ai vu d’autres”. Je n’y ai pas prêté attention mais après, les douches avec lui, c’était tout le temps. »

“Stéphane”, qui dit connaître « au moins deux autres victimes », assure que les actes sexuels étaient parfois collectifs, parlant d’« orgie ». Face à ce prêtre, qu’il présente comme « sévère », l’enfant ne proteste pas. Un jour, pourtant, il lui demande si ce n’est pas un péché : « Il m’a répondu que non, que c’était la nature ».

« Il était gentil, donc on se laissait faire », explique-t-il encore. Donc, un prêtre sévère — mais quand même gentil…

Roger Matassoli n’a jamais complètement disparu de la vie de “Stéphane”, même à l’âge adulte. C’est lui qui l’a marié à son ex-épouse. Cette dernière n’apprend qu’en 1999 ce qui avait eu lieu autrefois entre son mari et le prêtre.

Le couple se sépare en 2010. L’année suivante, “Stéphane” révèle pour la première fois à son père la nature de ses rapports avec le père Matassoli. « Il s’est mis à pleurer et a dit quelque chose comme “Il m’a bien eu” », racontera-t-il en 2019. Son père se suicide trois mois plus tard.

“Stéphane” décide alors d’écrire une lettre au prêtre, qui aurait refusé de la lire. Il fait une tentative de suicide, et est interné pendant trois mois. À cette époque, il ne reçoit la visite que de son ancien amant, ce qu’il commentera ainsi à un journaliste : « Il m’a acheté alors que j’étais seul et fragile psychologiquement. Et m’a fait comprendre de ne pas dire de bêtises. »

Selon “Stéphane”, son fils Alexandre était au courant : « Il trouvait ça glauque et ne comprenait pas pourquoi je voyais encore le prêtre » ; ajoutant que le garçon également « aurait été abîmé par sa relation malsaine avec le père Matassoli ». Mais il affirme n’avoir appris qu’après le meurtre qu’Alexandre avait fait des ménages, complètement dénudé, chez le prêtre.

En effet, selon Caty Richard, l’avocate d’Alexandre V., « il apparaîtrait qu’il faisait le ménage en tenue inappropriée, c’est-à-dire tout nu, chez le prêtre en échange d’argent ».

“Stéphane” dit enfin « regretter que cela se termine ainsi ».

Analyse du cas de “Stéphane” et Alexandre V.

Un garçon qui a des rapports sexuels avec un homme pendant six ou sept ans au cours de son enfance, puis de son adolescence, et qui garde avec lui des liens d’amitié à l’âge adulte au point de lui faire célébrer son mariage, a nécessairement été consentant. Jusqu’à la fin il lui rendait souvent visite, parfois en compagnie de son fils. Parler d’« emprise » n’est qu’une tentative pour faire oublier ce consentement, cette amitié, ou pour l’oublier soi-même.

De même pour son fils Alexandre : ce n’est pas contre son gré qu’un adolescent va faire le ménage, nu, chez un prêtre qu’il sait avoir été l’amant de son père.

Il ne suffit pas d’être « gentil » pour obtenir le consentement des garçons : ceux-ci ont souvent une volonté affirmée, et sont tout à fait capables de refuser les propositions d’un adulte, même lorsqu’ils ont par ailleurs des relations très confiantes et amicales avec lui.

On remarque le désir de “Stéphane” de parler à ses proches de ce qu’il a vécu avec le prêtre : successivement à son épouse, à son père et à son fils. Il ne s’agissait pas forcément de « rompre la loi du silence », selon le poncif habituel ; mais de raconter une relation qu’il avait ressentie, à l’époque, de façon plutôt positive. Qu’il en ait fait ensuite une relecture négative est autre chose.

« Cet homme a brisé toute une famille », affirme “Stéphane” dans un entretien au Parisien le 5 décembre 2019. En tant que père du suspect, il dit là ce qu’il pense utile pour la défense de son fils. Cependant, dans une famille où il y a eu successivement un suicide (du grand-père), une tentative de suicide (du père), et un assassinat particulièrement sordide (par le fils) accompagné de bouffées délirantes tant à l’égard de son père que des autorités, il est peu crédible d’évoquer comme seule cause une série de relations sexuelles consenties. Une enquête sérieuse sur le passé psychiatrique familial serait peut-être plus adaptée.

« Ce divorce a brisé toute une famille » serait une affirmation ni plus ni moins crédible. En effet, “Stéphane” dit avoir divorcé en 2010 : un an plus tard son père se suicide, et lui-même fait une tentative. Quant à son fils, il avait alors une dizaine d’années, âge où le choc d’une séparation des parents peut être très douloureux — beaucoup plus qu’une masturbation par un prêtre — et laisser des traces psychologiques graves, menant des années plus tard à des comportements tels que l’hyperviolence, la consommation de drogues, des comportements prostitutionnels…

Chronologie des dénonciations et sanctions

1984

Poussé par sa sœur, Jacques porte plainte contre le père Matassoli en 1984.

1989

En 1989, Jean-Paul L. envoie à l’évêché une première lettre, qui relate l’incident de 1962. Il reçoit un accusé de réception du vicaire général Georges de Broglie, qui lui assure : « Nous avons bien reçu votre courrier en date du 27 janvier dernier et il a retenu toute notre attention. D’ici quelques jours, nous pourrons répondre de façon plus circonstanciée aux faits que vous rapportez. »

1995-1996

Interrogé en 2019 par La Croix, l’ancien évêque de Beauvais Mgr Guy Thomazeau explique : « Vers 1995-1996, j’ai rencontré l’abbé Matassoli et j’ai abordé ce sujet franchement avec lui. Il n’a pas nié les faits. Je lui ai dit fortement que son acte était inacceptable, impensable et qu’il ne devait jamais recommencer. Je n’avais qu’un seul témoignage, très ancien et à l’époque, il n’y avait aucune procédure, aucun protocole, ni cellule d’écoute. J’étais vraiment sûr d’avoir rempli mon devoir pleinement. »

1999

N’ayant reçu aucune nouvelle réponse, Jean-Paul L. reprend la plume dix ans après sa première lettre, pour continuer d’alerter l’évêché de Beauvais contre le père Matassoli. Cette fois il reçoit deux réponses, qu’il perçoit comme des fins de non-recevoir. Le vicaire général Georges de Broglie l’informe du résultat négatif de ses recherches : « Je me suis enquis des faits que vous me révéliez. Malheureusement, comme nous pouvions le craindre, il n’a pas été possible d’en obtenir confirmation compte tenu du temps écoulé ». L’évêque, Mgr Guy Thomazeau, précise à propos de l’abbé Matassoli : « Ni mon prédécesseur ni moi-même n’avons eu à connaître une plainte en matière de pédophilie émanant d’enfants ou de parents. […] Loin d’être insensible à la souffrance que traduit votre lettre, j’en porte avec vous ma part ».

2002

En 2002, un courrier est envoyé à l’évêché par le frère de Jacques. Cette lettre, égarée pendant des années dans des « archives dispersées », a été retrouvée vers 2019.

2003

Mgr Thomazeau affirme avoir signalé les antécédents du prêtre, par précaution, à son successeur arrivé en 2003 à la tête du diocèse de Beauvais, Mgr Jean-Paul James. Mais celui-ci n’en garde pas souvenir : « Sincèrement, je ne me souviens d’aucune conversation avec Mgr Guy Thomazeau à ce sujet-là et je n’ai reçu personnellement aucun courrier dénonçant les agissements de ce prêtre. Je n’avais même pas connaissance d’une quelconque rumeur sur le père Matassoli. Pour moi c’était un abbé sans histoire ».

2009

Le père Roger Matassoli

Å quatre-vingt-un ans, le père Roger Matassoli quitte sa fonction de curé, alors que l’âge de la retraite se situe autour de soixante-quinze ans chez les prêtres : il est donc resté en poste six années de plus que ne le veut la règle habituelle. Preuve qu’il avait conservé suffisamment de dynamisme et de vigueur, que ses paroissiens n’ont pas demandé son départ, et que l’évêché avait continué de lui faire confiance.

Contrairement à ce que pourrait faire croire la rédaction ambiguë de certains communiqués publiés en 2019, c’est de son plein gré que Roger Matassoli se retire. Il ne sera sanctionné par l’évêché et interdit que l’année suivante.

2010

À son arrivée en tant qu’évêque de Beauvais en 2010, Mgr Jacques Benoit-Gonnin est à son tour interpellé par Jean-Paul L. Il s’entretient avec l’abbé, alors à la retraite depuis un an : « Le père Matassoli me dit alors qu’il ne se souvient plus de rien. Il tient des propos ambigus, met en avant son état de santé ». Malgré ses dénégations et l’ancienneté des faits, l’évêque de Beauvais retire au prêtre le droit d’exercer un ministère public : « À ce moment-là, je n’ai connaissance que d’un seul témoignage, je ne veux pas faire comme si rien ne s’était passé, mais je ne peux pas non plus faire comme s’il était un prédateur ».

2015

Mgr Jacques Benoit-Gonnin écrit au père Matassoli en 2015, pour le conseiller par rapport aux accusations persistantes de Jean-Paul L. : « Si cet événement a eu lieu, je verrais bien que vous puissiez en exprimer votre profond regret et demander pardon à celui qui en fut la victime. […] D’autres enfants auraient également été victimes de tels agissements. Je n’oublie pas les ministères que vous avez exercés et les services que vous continuez à rendre, malgré une santé éprouvée ».

C’est à ce moment que l’abbé, en réponse à une lettre de Jean-Paul L., lui écrit une carte d’excuses.

2018

En 2018, deux plaintes sont déposées à l’encontre du père Matassoli, concernant d’anciens enfants de chœur âgés de dix à quatorze ans : celle de Jean-Paul L. ; et une autre pour des faits d’attouchements sexuels commis entre 1976 et 1980. Le prêtre, entendu par des enquêteurs, nie les faits. Les deux affaires sont classées sans suite pour cause de prescription.

« Deux plaintes avaient été déposées en 2018 contre Roger Matassoli, concernant des faits d’agressions sexuelles commis sur deux jeunes garçons alors que, âgés de dix à quatorze ans, ils étaient enfants de chœur auprès dans la paroisse du père Matassoli. Les faits dénoncés auraient été commis en 1962 pour l’une des victimes, entre 1976 et 1980 pour l’autre. Une enquête préliminaire avait été diligentée, dans le cadre de laquelle Roger Matassoli avait été entendu en qualité de mis en cause. L’intéressé avait contesté les faits. Les enquêteurs s’étaient également efforcés de rechercher d’autres victimes potentielles, sans succès en raison de l’ancienneté des faits. Cette enquête avait été classée sans suite en mai 2019 compte tenu de la prescription de l’action publique.[6] »

La prescription n’existant pas pour l’Église, l’évêque de Beauvais décide d’agir : « À partir de là, puisque j’ai le témoignage d’une deuxième victime, je prends une nouvelle sanction, je l’interdis de tout ministère et je préviens Rome ». Une enquête canonique est ouverte, conformément aux consignes du Vatican.

2019

Mgr Jacques Benoit-Gonnin dit ne pas s’expliquer la chaîne de dysfonctionnements qui ont conduit l’abbé Matassoli à rester en poste depuis le premier signalement : « Je n’ai pas envie, ni les moyens de juger le passé. À l’époque la prescription des faits était souvent mise en avant. Aujourd’hui, heureusement, nous avons une sensibilité beaucoup plus grande à la pédophilie que dans les années 1980 : on sait les dégâts irréparables qu’elle provoque. »[7]

Après la mort de l’abbé Matassoli, une cellule d’accueil et d’écoute du diocèse de Beauvais a recueilli de nouveaux témoignages. Une plainte, déposée le 29 novembre 2019, fait état d’« abus sexuels » qui se seraient déroulés entre 1975 et 1976.

Assassinat

Dans la matinée du lundi 4 novembre 2019, la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) interpelle un jeune homme de dix-neuf ans, Alexandre V., qui s’est rendu coupable de nombreuses infractions routières en conduisant la voiture de l’abbé Matassoli. Il est d’abord placé en garde à vue pour conduite sans permis et rébellion.

“Stéphane” V., le père du jeune homme, est informé par les gendarmes que son fils a été interpellé au volant du véhicule du prêtre. Il se rend immédiatement à Ronquerolles au domicile de l’ecclésiastique. Ayant aperçu son corps sans vie par la fenêtre, il alerte les gendarmes de Clermont-sur-Oise.

Le parquet de Beauvais saisit un juge d’instruction pour les motifs suivants :

  • contre X… : pour le meurtre de Roger Matassoli
  • et contre Alexandre V. concernant des faits de vol d’une voiture (au préjudice de Roger Matassoli), conduite sans permis, rébellion, violences volontaires sur ascendant suivies d’une incapacité totale de travail n’excédant pas huit jours (au préjudice de son père).

« Les premiers éléments médico-légaux mettent en évidence des violences exercées contre une victime âgée et en mauvais état de santé général ». Le procureur Florent Boura évoque une « mort violente », ajoutant que « la victime est morte dans des conditions manifestement violentes ».

L’enquête est confiée aux gendarmes de la brigade de recherche de Clermont-sur-Oise et à la section de recherche d’Amiens. Selon le procureur, « le soir des faits, ils ne sont toutefois pas parvenus à entendre le mis en cause dont l’attitude laissait supposer d’importants problèmes mentaux » ; ajoutant qu’« un examen psychiatrique a effectivement conduit à devoir lever la garde à vue de l’intéressé dans la nuit vers une heure pour procéder à son hospitalisation sous contrainte ». Le suspect est alors interné au Centre hospitalier interdépartemental de Clermont.

L’autopsie réalisée le mardi 5 novembre conclut « à un décès par asphyxie et à la présence de traces de coups portés à l’abdomen, au crâne et au visage », mais qu’« il n’a pas été étranglé ». On évoque également des détails plus sordides : « Un crucifix coincé dans la gorge, poussé par un chausse-pied retrouvé dans sa bouche. Les globes oculaires étaient enfoncés ».

Il s’avère qu’Alexandre V. aurait passé la nuit du 3 au 4 novembre sur un couchage de fortune, dans une cave d’un immeuble du quartier Argentine à Beauvais, d’où on l’a vu sortir le lundi matin. Par ailleurs, il semble que ses problèmes psychiatriques aient débuté quelques semaines auparavant : « dans un état second », il s’en serait pris violemment à son père vers la mi-octobre.

À ce stade de l’enquête, aucun élément ne permet d’établir un lien entre le meurtre du prêtre et les accusations dont il était l’objet. Le procureur explique en effet que « le suspect (prénommé Alexandre et âgé de dix-neuf ans) interpellé lundi dans l’enquête concernant le meurtre de Roger Matassoli ne s’est pas exprimé lors de sa garde à vue et n’a pas répondu aux questions des enquêteurs. Il n’a par conséquent jamais indiqué avoir lui-même été victime de faits similaires de la part de Roger Matassoli, lequel était un proche de sa famille ». Le mobile de la vengeance, voire d’une « double vengeance », avancé par certains journalistes et commentateurs, n’est donc absolument pas prouvé.

Le mercredi soir 6 novembre, en mémoire du prêtre assassiné, la paroisse Anne-Marie Javouhey Brèche et Noye organise une veillée de prières dans l'église Notre-Dame-de-l’Assomption, à Froissy. Une soixantaine de personnes y assistent dans une ambiance plutôt élogieuse à l’égard du défunt. Selon une fidèle, « les textes ont été adaptés pour qu’il n’y ait pas d’allusions, notamment, aux camps de vacances qu’il organisait ». Une autre ajoute : « Qui sommes-nous pour juger ? C’était un homme, avec ses péchés et tout ce qu’il a pu apporter aux malades et aux familles de la paroisse au fil des années ». Le curé de la paroisse, Jean-René Kiedi Kionga, tempère également : « Nous ne voulons nous souvenir que de vos bons mots et des bons moments partagés avec vous ».

Roger Matassoli est inhumé le mercredi 20 novembre dans l’intimité familiale.

Traitement médiatique

Le lundi 4 novembre 2019, jour où le corps l’abbé Matassoli est découvert, les articles de presse se montrent unanimement louangeurs à son égard, soulignant ses grandes qualités humaines, son dévouement auprès des paroissiens, qui l’aimaient et le respectaient, ainsi que ses activités d’animation auprès des jeunes.

Quelques forums,[8] réseaux sociaux et commentaires de lecteurs[9] partent alors dans un véritable délire complotiste, accusant les autorités de dissimuler le fait qu’il s’agit en réalité d’un attentat islamiste : le nom du coupable, qu’on « dissimule », serait à connotation maghrébine, et son internement psychiatrique ne serait qu’un prétexte pour masquer des motivations djihadistes. Parallèlement à ces allégations, le prêtre est quasiment sanctifié d’avance.

Mais dès la soirée du 5 novembre, la presse locale fait mention d’une ancienne plainte à l’encontre du père Matassoli pour des « comportements inappropriés sur mineur » commis plusieurs dizaines d’années auparavant. Le ton change alors du tout au tout : on reproche même au prêtre des choses qui étaient d’abord portées à son crédit. Quant aux forums, après un temps de flottement, soit ils se taisent sur ce sujet, soit ils basculent de l’islamophobie à la pédophobie.

On note également des inexactitudes, comme par exemple sous la plume de journalistes qui appellent l’abbé Matassoli « l’ancien prêtre », alors qu’il l’était toujours (l’Église ne peut pas retirer la qualité de prêtre, en vertu du principe « Tu es sacerdos in aeternum ») — « l’ancien curé » aurait été plus exact.

Le site du diocèse de Beauvais garde un certain équilibre dans le traitement de l’affaire : tout en condamnant les éventuels actes sexuels avec des mineurs, il continue à reconnaître les qualités humaines de l’abbé Matassoli et les réalisations positives au cours de son ministère :

« Je confie à la prière des fidèles chrétiens, Roger Matassoli, victime d’un acte odieux ; sa famille douloureusement éprouvée ; celles et ceux qui ont connu la face lumineuse de son ministère de prêtre ; les victimes des comportements inacceptables qu’ils a eus ; les communautés chrétiennes et leurs prêtres une fois de plus atteintes par ces événements. »[10] »

Cette modération n’est pas du goût de tous : malgré ses réserves sévères sur d’autres points, Mgr Jacques Benoit-Gonnin a été critiqué pour cette mention de la « face lumineuse » de l’abbé Matassoli.

Voir aussi

Sources


Articles connexes

Notes et références

  1. En charge de Froissy, le père Matassoli était curé « in solidum » de la paroisse de Brèche et Noye (ancienne communauté de communes des Vallées de la Brèche et de la Noye, devenue en 2017 la communauté de communes de l’Oise picarde).
  2. Numéro SIRET 42823774700012.
  3. Plainval est un petit village proche de Froissy.
  4. La suite du texte n’est pas visible dans la vidéo de BFM TV.
  5. Le prénom “Stéphane” est présenté par Le Parisien comme un pseudonyme.
  6. Déclaration du procureur de Beauvais le 6 novembre 2019.
  7. Apparemment l’évêque de Beauvais n’a lu aucune étude scientifique sérieuse sur la question de la nocivité des rapports sexuels intergénérationnels, à commencer par les travaux de Rind, Bauserman et Tromovitch, qui prouvent exactement le contraire :
    • Rind, Bruce, Tromovitch, Philip, Bauserman, Robert. « A meta-analytic examination of assumed properties of child sexual abuse using college samples » / in Psychological Bulletin, 124(1), p. 22-53. – 1998.
    • Rind, Bruce, Bauserman, Robert, Tromovitch, Philip. An examination of assumed properties of child sexual abuse based on nonclinical samples / paper presented to the symposium sponsored by the Paulus Kerk. – Rotterdam, 18th of December 1998.
    • Rind, Bruce, Tromovitch, Philip, Bauserman, Robert. Abus sexuel : le rapport capital : le rapport Bauserman analysé et commenté dans la France de l’an 2000 / préf. et trad. Philippe Esterie, avec la collab. d’Hélène Amboureux. – Lausanne, 1999.
  8. Par exemple France Forum Pour Tous.
  9. Par exemple ceux du quotidien 20 Minutes et de l’hebdomadaire Le Point.
  10. Déclaration de Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais.