Koniagas

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Les Koniagas sont un des peuples autochtones qui peuplaient l’Alaska avant l’arrivée des Européens. Ils pratiquaient autrefois une forme de pédérastie institutionnelle qui s’apparente à un mariage temporaire entre homme et garçon.

Peuples esquimaux

Outre les Yupiks, dont font partie les Koniagas, les peuples autochtones de l’Alaska sont les Iñupiat (ou Inupiks), les Aléoutes, les Eyaks, les Tlingits, les Haïdas, les Tsimshians, et une partie des Athabaskans du Nord.

D’autres peuples esquimaux vivent à proximité de l’Alaska, par exemple les Kaskas de la Colombie-Britannique et du Yukon, au Canada, et les Tchouktches de la Sibérie orientale russe.

Avant les conquêtes européennes, de nombreuses nations esquimaudes pratiquaient des formes institutionalisées de pédérastie. Celles-ci se sont estompées avec la christianisation et le déclin de ces peuples.

Les Koniagas, branche des Alutiiqs

Les Koniagas, qui habitent l’île de Kodiak, constituent une branche des Alutiiqs. Ceux-ci sont eux-mêmes une des trois branches des Yupiks, une nation esquimaude non-inuite qui occupe des territoires à cheval sur les deux côtés du détroit de Béring :

  1. les Yupiks de Sibérie vivent sur la pointe orientale de la Russie et sur l’île Saint-Laurent au sud du détroit de Béring ;
  2. les Yupiks du centre de l’Alaska vivent sur le delta du Yukon-Kuskokwim et le long de la rivière Kuskokwim ;
  3. les Alutiiqs, aussi appelés Yupiks du Pacifique ou Sugpiaqs, vivent sur la côte sud de l’Alaska.

On évitera de confondre les Alutiiqs, et donc les Koniagas, avec les Aléoutes, qui contrairement aux Yupiks sont des Inuits, et qui vivent plus au sud-ouest, y compris sur les îles Aléoutiennes.

Un garçon alutiiq célèbre

John Ben “Benny” Benson Jr., le jeune créateur du drapeau de l’Alaska, était un Alutiiq par sa mère originaire de Russie. La renommée de ce garçon de treize ans fut ressentie avec une grande fierté par son peuple et le fit considérer comme un héros.

Concubinage pédérastique

Les Koniagas ont été étudiés par de nombreux explorateurs européens, qui s’étonnaient de leur pratique d’un concubinage pédérastique.

Une mère koniaga choisissait souvent son fils le plus beau et le plus prometteur, pour l’habiller et l’élever comme une fille, ne lui enseignant que les tâches domestiques, le gardant pour les travaux féminins, l’associant aux autres femmes et filles du village dans le but de le rendre complètement efféminé.

Arrivé à la pré-adolescence ou au début de l’adolescence, entre dix et quinze ans, ce garçon était marié à un homme vigoureux, qui considérait un tel compagnon comme une acquisition de grande valeur.

Dans le dialecte koniag, ces jeunes concubins mâles étaient appelés achnutschik ou schopans.

Textes sur les Koniagas

La coutume du concubinage pédérastique chez les Koniagas est évoquée dans différentes études ethnographiques.

Les textes ci-dessous sont classés par ordre chronologique de publication.


Martin Sauer et Joseph Billings (1802)



The first character, is the athletic and skilful warrior ; the second, the fleet and expert hunter ; the former enjoys his prisoners and the booty of his enemy ; the latter has his wives, labourers, and slaves by purchase, and the ability that he possesses to maintain them. The most favoured of women is she who has the greatest number of children. The women seem very fond of their offspring ; dreading the effects of war, and the dangers of the chase ; some of them bring up their males in a very effeminate manner, and are happy to see them taken by the chiefs, to gratify their unnatural desires. Such youths are dressed like women, and taught all their domestic duties.[1]



Hubert Howe Bancroft (1874)



The domestic manners of the Koniagas are of the lowest order. In filth they out-do, if possible, their neighbors of the north. Thrown together in little bands under one roof, they have no idea of morality, and the marriage relation sits so loosely as hardly to excite jealousy in its abuse. Female chastity is deemed a thing of value only as men hold property in it. A young unmarried woman may live uncensured in the freest intercourse with the men; though, as soon as she belongs to one man, it is her duty to be true to him. Sodomy is common; the Kaviaks practice polygamy and incest: the Kadiaks cohabit promiscuously, brothers and sisters, parents and children.103

[…]104

But the most repugnant of all their practices is that of male concubinage. A Kadiak mother will select her handsomest and most promising boy, and dress and rear him as a girl, teaching him only domestic duties, keeping him at woman’s work, associating him only with women and girls, in order to render his effeminacy complete. Arriving at the age of ten or fifteen years, he is married to some wealthy man, who regards such a companion as a great acquisition. These male wives are called achnutschik or schopans.105 [2]


  1. ‘Not only do brothers and sisters cohabit with each other, but even parents and children.’ Langsdorff’s Voy., pt. ii., p. 64.
  2.  
  3. ‘Der Vater oder die Mutter bestimmen den Sohn schon in seiner frühsten Kindheit zum Achuutschik, wenn er ihnen mädchenhaft erscheint.’ Holmberg, Ethn. Skiz., p. 121. ‘Male concubines are much more frequent here than at Oonalashka.’ Langsdorff’s Voy., pt. ii., p. 64. They ‘are happy to see them taken by the chiefs, to gratify their unnatural desires. Such youths are dressed like women, and taught all their domestic duties.’ Sauer, Billing’s Ex., p. 176. ‘Ces peuples sont très adonnés aux plaisirs des sens et même à un vice infame.’ Choris, Voy. Pitt., pt. vii., p. 8. ‘Of all the customs of these islanders, the most disgusting is that of men, called schoopans, living with men, and supplying the place of women.’ Lisiansky’s Voy., p. 199. This shameful custom applies to the Thlinkeets as well. ‘Quelques personnes de l’Equipage du Solide out rapporté qu’il ne leur est pas possible de douter que les Tchinkîtânéens ne soient souillés de ce vice honteux que la Théogonie immorale des Grecs avoit divinisé.’ Marchand, Voy. aut. du Monde, tom. ii., p. 97.


Élie Reclus (1885)



Nous préférerions nous en tenir là, mais le souci de la vérité nous contraint d’ajouter que ces primitifs poussent l’ignorance du mal jusqu’à l’immoralité, que leur innocence vraiment excessive se confond avec le vice. Notez que les témoins à charge sont pour tout le reste très favorables à ce peuple, auquel ils ne marchandent pas l’admiration en plus d’une circonstance. Un garçon joli de figure se montre-t-il gracieux de maintien ? La mère ne le laisse plus frayer avec les camarades de son âge, le vêt et l’élève en fille ; tout étranger se tromperait sur son sexe ; et vers les quinze ans on le vend pour somme rondelette à quelque riche personnage. Les « choupan » ou adolescents de cette espèce sont très recherchés par les Konyagas102. Par contre, on rencontre çà et là dans les populations esquimaudes, ou esquimoïdes, et notamment dans le Youkon, des filles qui se refusent au mariage et à la maternité. Changeant de sexe, pour ainsi dire, elles vivent en garçons, adoptent les manières et le costume virils ; courent le cerf, ne reculent à la chasse devant aucun danger, à la pêche devant aucune fatigue103.

Les jolis jeunes gens dont il a été question se consacrent volontiers à la prêtrise, et, leur fraîcheur passée, entrent dans les ordres, qui leur coûtent ainsi beaucoup moins à acquérir qu’à leurs confrères. De tout temps il y eut affinité marquée entre le mignon et le servant des autels, entre la prostituée et la pallacide. Dans les temples de l’antique Orient, le vaste et majestueux sanctuaire paraît avoir été flanqué de chapelles fleuries, boudoirs parfumés, où nichaient sur de moelleuses couches les Attys et les Combabe, de gracieux Eliacin, de charmants Adonis, qui vaquaient aux plaisirs des dieux, c’est-à-dire de leurs ministres, en attendant que pleinement initiés aux rites sacrés, ils devinssent, à leur tour, chefs de culte, et préposés aux mystères. Le hiérophante aimait à se faire servir par les hiérodules et les bayadères. L’hétaïrisme est né à l’ombre des autels. « Presque tous les hommes, dit Hérodote104, sa mêlent avec les femmes dans les édifices sacrés, hormis les Grecs et les Égyptiens. »

— « Hormis la Grèce ?… Et que se passait-il à Corinthe ? — Hormis l’Égypte ? Et Bubastis et Naucratès ! Et l’Aphrodite d’Abydos qui portait le vocable significatif de Pornè105. — Aussi Juvénal se permettait de demander : Quel est le temple où les femmes ne se prostituent pas ? »

À Jérusalem, le roi Josias détruisit dans le temple de Jéhovah les cellules qu’habitaient les efféminés106 et les femmes qui tissaient les tentes d’Ashéra107. On sait les prodigieux débordements qui avaient lieu dans les « verts bosquets » et les « hauts lieux » de la « Grande Déesse ». La coutume était si bien enracinée que, dans la grotte de Bethléem, ce qui s’accomplissait jadis au nom d’Adonis, s’accomplit aujourd’hui par les pèlerins chrétiens au nom de la vierge Marie ; et les hadjis musulmans font de même dans les sanctuaires de La Mecque108. Dans les pagodes « sentines de vice », viennent des femmes stériles, faisant vœu de s’abandonner à un nombre déterminé de libertins ; et d’autres, pour donner à la déesse du lieu des témoignages de leur vénération, se prostituent en public, aux portes mêmes de la maison divine109. Les prêtresses de Juidah enlèvent les filles des familles les plus distinguées, et, après des épreuves rigoureuses, en font des courtisanes, instruites dans les arts de la volupté110. À Bornéo, le Dayak, qui se fait prêtre, prend un nom et des vêtements féminins, épouse simultanément un homme et une femme : le premier, pour le protéger et l’accompagner en public ; la seconde, pour lui donner des distractions111.

Revenons à nos Aléouts. Dès que l’ordination a été conférée au lévite, sitôt que le choupan a mué en angakok, la tribu lui confie les filles le mieux en point, par les grâces du corps et du caractère ; il parfera leur éducation, — les perfectionnera dans la danse et autres arts d’agrément, et, enfin, les initiera aux plaisirs de l’amour. Si elles se montrent intelligentes, elles deviendront mires et mèges, prêtresses et prophétesses. Les kachims d’été, qui sont fermés aux femmes du commun, s’ouvriront à deux battants devant elles. On est persuadé que ces filles seraient d’une fréquentation malsaine, si elles n’avaient été purifiées par le commerce d’un homme de Dieu. — Les braves gens ! Et l’on a prétendu qu’ils manquaient de religion ! [3]


  1. Ross.
  2. Bancroft.
  3. Euterpe.
  4. Athénée, XIII, 5.
  5. Les Kedeschim. Consulter sur ce mot les Encyclopédies bibliques. Exemple : Dizionario Ebreo : Kadessa, santa e meretrice ; Kadeschud, postribolo e sacristia.
  6. II Rois, 23, 7. Voir Soury, la Religion d’Israël.
  7. Sepp, Heidenthum und Christenthum.
  8. Dubois, Mœurs de l’Inde.
  9. Lindemann, Geschichte der Meinungen.
  10. Bishop of Labuan, Transactions of the Ethnological Society, II.


Richard Francis Burton (1886)



A glance at Mr. Bancroft54 proves the abnormal development of sodomy amongst the savages and barbarians of the New World. Even his half-frozen Hyperboreans “possess all the passions which are supposed to develop most freely under a milder temperature” (i. 58). “The voluptuousness and polygamy of the North American Indians, under a temperature of almost perpetual winter, is far greater than that of the most sensual tropical nations” (Martin’s Brit. Colonies iii. 524). I can quote only a few of the most remarkable instances. Of the Koniagas of Kadiak Island and the Thinkleets we read (i. 81-82), “The most repugnant of all their practices is that of male concubinage. A Kadiak mother will select her handsomest and most promising boy, and dress and rear him as a girl, teaching him only domestic duties, keeping him at women’s work, associating him with women and girls, in order to render his effeminacy complete. Arriving at the age of ten or fifteen years, he is married to some wealthy man who regards such a companion as a great acquisition. These male concubines are called Achnutschik or Schopans” (the authorities quoted being Holmberg, Langsdorff, Billing, Choris, Lisiansky and Marchand). The same is the case in Nutka Sound and the Aleutian Islands, where “male concubinage obtains throughout, but not to the same extent as amongst the Koniagas”. The objects of “unnatural” affection have their beards carefully plucked out as soon as the face-hair begins to grow, and their chins are tattooed like those of the women. [4]


  1. The Native Races of the Pacific States of South America, by Herbert Howe Bancroft, London, Longmans, 1875.


Voir aussi

Bibliographie

  • Bancroft, Hubert Howe. The native races of the Pacific states of North America. – New York : D. Appleton and Company, 1874 (Riverside, Cambridge : H. O. Houghton and Company).
  • Burton, Richard. « Pederasty », in « Terminal essay », A plain and literal translation of the Arabian nights’ entertainments, now entituled The book of the thousand nights and a night : with introduction explanatory notes on the manners and customs of Moslem men and a terminal essay upon the history of the Nights. Vol. X. – The Burton Club, 1886 (printed in the U.S.A.).
  • Choris, Louis. Voyage pittoresque autour du monde. – Paris, 1822.
  • Holmberg, Henrik Johan. Ethnographische Skizzen über die Völker des russischen Amerika. – Helsingfors, 1855-1862.
  • Langsdorff, Georg Heinrich von. Bemerkungen auf einer Reise um die Welt in den Jahren 1803 bis 1807. – Frankfurt am Main, 1812.
    Voyages and travels in various parts of the world, during the years 1803, 1804, 1805, 1806, and 1807. – London : H. Colburn, 1813-1814.
  • Lisianski, Iouri (ou Urey). A voyage round the world in the years 1803-6. – London, 1814.
  • Marchand, Étienne. Voyage autour du monde pendant les années 1790-92. – Paris, an VI-VIII.
  • Reclus, Élie. Les primitifs : études d’ethnologie comparée. – Chamerot, 1885.
  • Sauer, Martin. An account of a geographical and astronomical expedition to the northern parts of Russia, performed by Commodore Joseph Billings. – London, 1802.

Articles connexes

Notes et références

  1. Martin Sauer, An account of a geographical and astronomical expedition to the northern parts of Russia, performed by Commodore Joseph Billings, London, 1802 (p. 176, à propos des Soo-oo-it, ou habitants de l’île Kadiak).
  2. Hubert Howe Bancroft, The native races of the Pacific states of North America, Vol. I, Wild tribes, New York, D. Appleton and Company, 1874 (p. 81-82).
  3. Élie Reclus, « Les Hyperboréens, chasseurs et pêcheurs. Les Inoïts occidentaux », in Les primitifs : études d’ethnologie comparée, Chamerot, 1885 (p. 80-83).
  4. Richard F. Burton, « Pederasty », in A plain and literal translation of the Arabian nights’ entertainments, now entituled The book of the thousand nights and a night : with introduction explanatory notes on the manners and customs of Moslem men and a terminal essay upon the history of the Nights. Vol. X, The Burton Club, 1886.